Amkoullel,
Rappeur
"La pauvreté est le lit de la corruption"
"Surafin" ! Cela vous dit certainement quelque chose. Si non,
sachez alors que c’est le titre générique du nouvel
et second album d’Issiaka Bâ.
Un inconnu ? Pas du tout puisqu’il s’agit du beau rappeur
qui fait un véritable ravage dans le cercle des filles branchées
sous le sobriquet… Amkoullel ! L’enfant
peul est en effet de retour avec la bombe de cette fin de vacances.
Un album de dix titres plus engagé que "In
Faculté" le premier de la saga de l’étrange
destin de ce diplômé en droit. Une œuvre attendue
chez les disquaires à partir du 4 septembre prochain. Mais avant,
le beau gosse du rap malien nous donne le fond de sa pensée dans
cet entretien.
Interview
-
Le Mag : Que voulez-vous dire par "Surafin" ?
Amkoullel
: Surafin signifie pot-de-vin ! La lutte contre
la corruption est d’actualité. Elle est dans tous les discours.
Mais, peu de gens s’attaquent aux racines du fléau : la
pauvreté ! Un chef de famille qui ne parvient pas à assumer
ses responsabilités sociales peut facilement succomber à
la tentation de la corruption. Il ne va pas hésiter sur les moyens
de nourrir, soigner, loger et habiller sa famille ainsi que pour pouvoir
envoyer ses enfants à l’école. Un enseignement qui
devient de plus en plus cher et qui n’est donc plus à la
portée des démunis. Lorsqu’on vit dans l’extrême
pauvreté, il est difficile de résister à certaines
tentations, diaboliques ou malhonnêtes fussent-elles.
-
Quelle est alors la meilleure stratégie pour combattre la pauvreté
?
Je n’ai pas la prétention de proposer une baguette magique
contre le fléau. Mais, je suis sûr que la baisse des prix
des denrées de première nécessité serait
un pas décisif contre le phénomène. Il faut faire
de telle sorte que tout le monde puisse manger à sa faim. Que
toute la population ait gratuitement accès aux soins de santé
et à l’éducation. Que l’électricité,
l’eau potable… ne soient plus un luxe pour les citoyens.
Malheureusement, au Mali, tout cela coûte extrêmement cher
de nos jours. Je ne suis pas d’ailleurs le premier à le
dire. Le Tata Pound a déjà attiré l’attention
des décideurs sur cette réalité aujourd’hui
palpable par tous.
-
N’est-ce pas ce qu’ATT fait depuis son retour au pouvoir
?
Je n’ai pas la prétention de contester cela. Mais, on ne
voit pas encore l’impact positif de cette volonté politique
sur la vie de tous les jours. Les difficultés demeurent toujours.
On a l’impression que les conditions de vie se durcissent chaque
jour davantage. Peut-être qu’à la longue on verra
les effets de cet engagement. Mais, à ce rythme, peu de gens
survivront pour en profiter. Il faut survivre aux difficultés
du présent pour profiter du futur. Et cela devient de plus en
plus difficile au Mali.
-
Surafin ! Cela sonne plutôt la révolte d’un artiste
de plus en plus engagé. Quelle est votre motivation ?
C’est une motivation naturelle. Déjà, dans ma façon
de vivre, je suis assez sincère et assez militant. C’est
donc une façon de vivre que j’ai transposé dans
mon art. Parce que, pour moi, le rap est un art à part entière
qu’il faut exercer avec sincérité afin de mieux
communiquer avec les autres. L’exercice de l’art requiert
avant tout de l’engagement pour exprimer ses opinions et ses convictions
socio-politiques.
-
Quelle peut être alors la finalité d’un tel engagement
?
La finalité c’est d’éveiller les consciences,
de contribuer à mon échelle au changement des mentalités.
Si en écoutant mes chansons, même une personne arrive à
changer de comportement, j’en serais heureux parce ce serait quelque
chose de gagner pour la société et pour la nation. Et
c’est cela le but recherché. Le rappeur mène une
campagne de sensibilisation comme l’enseignant, le journaliste,
le leader d’opinion, etc.
-
Amkoullel, King Lassy Massasy, Tata
Pound… Le rap, c’est de plus en plus des messages écrits
au vitriol. Avez-vous l’impression d’être suivis,
surtout par les jeunes qui doivent porter le flambeau du changement
ainsi voulu ?
Pour le moment, il est difficile d’évaluer
l’impact de notre engagement. Mais, lorsque dans la rue, des jeunes
vous abordent et vous récitent entièrement vos textes
ou vous demandent des éclaircissements leur permettant de mieux
comprendre vos messages, on se dit qu’on est ne doit plus être
loin du but visé. Cela dénote déjà d’une
certaine prise de conscience. C’est donc un point de marquer sur
la voie du changement des comportements. Et c’est cela l’espoir
-
Qu’attendez-vous de Surafin ?
Qu’il soit un grand succès afin de me permettre de sortir
un 3è album. Je souhaite aussi qu’il contribue à
attirer l’attention des dirigeants, et à éveiller
la conscience des citoyens sur la nécessité de lutter
contre la pauvreté par le travail, les initiatives novatrices
et concrètes afin de mieux combattre la corruption.
-
Il y a beaucoup de featuring (Diata
Sya, Tata Pound, Déné
Issébéré, Doudou Soul,
Phillo, Michelle Traoré et Diop) sur cet opus. Qu’est
ce qui vous a guidé dans cette démarche ?
Au départ, j’avais l’intention de composer
un album hors série. C’est un concept que je voulais expérimenter
en invitant des amis pour enregistrer au moins la moitié des
titres d’un tube. Mais, finalement, j’ai décidé
de faire de Surafin mon second album compte tenu de certaines considérations
techniques et stratégiques. J’avais surtout envie de travailler
avec les amis sur un projet et je suis parvenu à le faire. Je
crois c’est l’essentiel.
- On peut alors s’attendre à des duos Amkoullel
et de jeunes artiste comme Rokia
Traoré, Ramata Diakité,
Mamou Sidibé,
Mariétou Diabaté… ?
Bien sûr ! J’ai déjà discuté avec Amy
Sacko sur la possibilité de travailler ensembles sur un
album. J’en ai également discuté avec Ramata
Diakité et Doussou Bagayoko.
J’avais même l’intention d’inviter Doussou
sur Surafin. Mais, j’avais déjà autour de moi assez
d’amis. J’ai donc commencé avec
Déné Issébéré, Michelle
Traoré (la fille de Falaba Issa Traoré, paix à
son âme)… Et je compte poursuivre l’expérience
avec d’autres artistes en dehors du cercle du rap.
-
In Faculté, votre premier album, a-t-il été à
la hauteur de vos attentes ?
Je suis assez satisfait de In Faculté. Il a comblé mes
attentes parce qu’il a été réalisé
à l’échelle de mes ambitions. Je n’étais
pas encore assez connu du public. Les mélomanes l’on acheté,
écouté et apprécié. Et ils m’attendent
certainement sur le second album. "In
Faculté" m’a donc permis de me hisser dans le
gotha du hip hop au Mali.
-
La piraterie a hypothéqué beaucoup de carrières
artistiques au Mali. Que peuvent les jeunes artistes contre ce fléau
?
La meilleure arme est la sensibilisation. Parce que seul un changement
de comportement des populations peut nous permettre d’éradiquer
le fléau. Il faut parvenir à faire comprendre aux Maliens
qu’il est paradoxal de dire qu’on aime un artiste et d’aider
ses ennemis à le ruiner socialement et professionnellement. Il
faut leur faire comprendre qu’acheter une œuvre piratée
correspond à tuer son idole, l’empêcher de sortir
d’autres albums et de vivre décemment des fruits de son
dur labeur. Lorsque les citoyens comprendront cela, je suis sûr
que peu de gens vont payer les cassettes piratées. Et la piraterie
va cesser d’elle-même faute de clientèle.
-
Des projets d’avenir ?
Evidemment ! Le 5 septembre, c’est-à-dire le lendemain
de la sortie de Surafin, je vais organiser le concert dédicace
de l’album. Ce serait à l’Hôtel Baobab à
21 heures (entrée : 1.000 F cfa = 1,52 €). Tous les rappeurs
de la place seront de la fête. Ce sera mon dernier concert à
Bamako pour cette année. Parce que je vais retourner en France
pour des études d’ingénieur-son. J’en ai pour
une année.
-
Le mot de la fin ?
Je vais encore rappeler aux Maliens que la meilleure manière
d’aider son chanteur préféré est de payer
ses œuvres légales aujourd’hui facilement identifiables
grâces au sticker. Ce sont eux qui peuvent combattre les pirates
et nous permettre de vivre décemment de notre art. J’exhorte
tout le monde à acheter Surafin parce c’est le meilleur
album de l’année !
Propos recueillis par King Moseto |