DENIBA
SANOGO, TALENT EN HERBE
L'héritière du "Papillon"
Elle
s'est révélée au public, il y a presque trois
ans, aux côtés de Tata Diakité (Paix à
son âme). Déniba Sanogo embrasse une carrière
solo depuis la sortie de son album, "Limpin", le 1er septembre
2003.
"Jolie" est le surnom de Déniba. La nature ne
l'a certes pas doté d'une beauté exceptionnelle mais
l'a comblée d'atouts très captivants : charme, élégance,
prestance et surtout un immense talent artistique.
Ce don est perceptible dans "Limpin" (petite culotte portée
par les adolescentes dans la société bambara), la première
œuvre de sa jeune et prometteuse carrière solo. C'est
sa disponibilité et son sens élevé du professionnalisme
qui lui ont valu la chance de se faire produire par Mahamane Traoré,
le directeur de "Diiri Production".
"Nous devions faire le chœur pour Sory Cissé
qui devait mettre en vente son premier album. Tout était fin
prêt pour le début de la tournée promotionnelle
qui devait nous conduire dans la région de Tombouctou. L'autre
choriste ayant fait défection au dernier moment, j'ai sollicité
et obtenu le concours d'une amie. Le succès a été
total partout où nous sommes passés et en guise de reconnaissance
du travail bien accompli, Mahamane Traoré, après avoir
écouté ma maquette, a décidé de me donner
ma chance" explique Déniba.
Même si Déniba n'a pas connu sa mère qu'elle a
perdue à bas age, elle a entièrement hérité
de ses qualités artistiques. Cette dernière était
sociétaire du ballet de Sirakoro. Son talent et son agilité
dans la danse lui ont valu le sobriquet "Firi firini" (papillon).
A l'école fondamentale, Jolie entame sa carrière artistique
en compagnie de Aminata Doumbia dite Mimi (épouse de
Lassy King Massassy).
Elle intègre par la suite le ballet "Kantigui" avec
lequel elle fait une tournée à Angers (France). Par
la suite, la troupe du district de Bah Issa Diallo l'accueille.
D'expérience en expérience, elle améliore sa
technique de danse et apprend à chanter. Déniba est
admise à l'école contemporaine de Ketly Noël
où elle est sollicitée pour faire de la figuration dans
le clip de Mohamed Traoré "John".
Jolie ne quittera plus la scène musicale, Tata Diakité,
Babani Koné, Samba Diallo, Djoss Samaké...
vont recourir à son talent. "C'est une expérience
qui m'a permis de comprendre beaucoup de choses dans la musique et
à entreprendre une carrière Solo", précise-t-elle.
"Limpin" a été livré à l'appréciation
des mélomanes. Le verdict est sans équivoque, l'album
qui a caracolé au sommet des meilleures ventes de la fin d'année
(2003) a eut un énorme succès ; un accueil chaleureux
qu’elle doit en partie au très entraînant titre
promotionnel de l'opus « Limpin » qui a donner son nom
à l’album. Une chanson qui fustige la précocité
et la perversité sexuelles des filles.
"Le
Limpin symbolise l'innocence et la pureté de l'adolescence.
On ne le quitte que pour se livrer à son mari. C'est donc également
le signe de la virginité protégée jusqu'au mariage.
Mais de nos jours, le Limpin est souillé à l'adolescence.
Les filles ne savent plus maîtriser leur attirance sexuelle.
Ce qui couvre bien des familles de honte et d'humiliation ",
explique la jeune star. Par ce titre, notre artiste met le doit sur
la plaie de la société.
Sage, elle affirme ne pas être passionnée des virées
nocturnes ou d'autres caprices des lolitas branchées. "C'est
ce qui entraîne les déviations sociales et morales. Parce
que, finalement, on a envie de faire comme les autres même si
on n'en a pas les moyens. Le mimétisme pousse à la cupidité.
Pour satisfaire ses caprices, tous les moyens seront bons, même
se vendre...", s'offusque la jeune fille.
Très
reconnaissante, Déniba Sanogo rend un vibrant hommage à
Tata Diakité dont le décès l'a profondément
affecté. "J'ai mis du temps à admettre cette
tragique et précoce disparition. Tata et moi étions
si proches que les gens me prenaient pour sa fille. D'un côté
c'est vrai parce je n'ai pas seulement été la choriste
de Tata, mais sa fille, sa sœur, son amie et sa confidente. Je
ne pouvais donc que lui rendre un hommage mérité sur
ma première œuvre", déclare-t-elle avec
une vive émotion et une immense tristesse.
Actuellement, Jolie s'active pour la promotion de son produit. Elle
revient d'une tournée dans la région de Kayes et s'apprête
à reprendre son bâton de pèlerin pour sillonner
le reste du pays à la rencontre de ses fans qui ne cessent
de se multiplier au fil de ses tournées. Des spectacles sont
prévus en France à partir de mars.
La vingtaine affichée avec charme et élégance
provocatrice, Déniba est née à Birugu-Dafela
(Kita) où les affaires avaient conduit son commerçant
de père, Diigui. Cette boule d'énergie a vu le jour
avec un handicap de taille : elle s'est retrouvée orpheline
à sa naissance, naissance à laquelle sa mère
n'a pas malheureusement survécu. On comprend alors qu'elle
porte le même patronyme que cette maman qu'elle n'a pas connue.
Fiancée d’un entrepreneur et coiffeuse lorsqu'elle n'est
pas sur scène, Jolie s'est frayée une brèche
vers la réussite. Si les pirates la laissent arriver à
bon port ! "Mon album a été l'un des plus piratés
en 2003. Mais nous n'allons pas nous laisser faire parce que nous
n'avons pas envie d'endurer les mêmes souffrances et humiliations
que nos aînés. Les jeunes artistes, s'ils agissent, peuvent
êtres très efficaces parce que nous sommes à l'aise
en entreprenant certaines actions qui peuvent gêner les adultes".
Mais, elle est consciente que dans ce combat pour la survie, l'apport
de chaque citoyen est important. "Un jour ma tante a surpris
un homme qui avait un sac rempli des jaquettes dont les miennes. Elle
a alerté les policiers et mon producteur. Finalement l'individu
a été arrêté et conduit au commissariat.
Si tous les Maliens peuvent avoir la même réaction, la
piraterie va disparaître", souligne la coqueluche
éprise de Siramory Diabaté et de Sory Kandia
Kouyaté (Paix à leurs âmes).
Une admiration qui sous-entend son ambition de connaître la
même notoriété internationale que ces légendes
de la chanson mandingue.