Interview
Madina Ndiaye, Artiste
"Je suis non voyante, mais pas handicapée"
Fille
noble, joueuse de kora et de kamalen Ngoni, non voyante de surcroît…
Madina Ndiaye ne manque pas de spécifiés qui la distinguent
des autres artistes sur la scène.Particularités?
Plutôt des obstacles qu'elle a du surmonter pour pouvoir assouvir
sa passion de la musique. La trentaine trébuchante, artiste confirmé
et virtuose des cordes, l'élégante et la séduisante
Madina s'apprête à concrétiser son talent et sa
passion par un album annoncé pour bientôt.
Le
Reflet: comment avez- vous débuté la musique ?
Madina: À Moribabougou (banlieue de bamako) ou mes parents résident,
j'ai une fois été retenue pour le solo de chant de notre
école. Et j'ai relevée le défi puisque j'ai été
primée ce jour .Dés lors, les enseignants me sollicitaient
chaque fois qu'il y avait une manifestation scolaire ou cérémonie
officielle.Finalement, j'ai intégré un groupe de théâtre.
Comment
votre carrière a t- elle évolué par la suite?
Madina: j'ai un moment abandonnée la musique au profit de mes
études. J'ai fait une partie de mes études fondamentales
à l'Institut des aveugles du Mali (IJA) parce que j'ai très
tôt eu des troubles de la vision. J'ai été orientée
l'école centrale du commerce et de l'industrie et de l'abministration
(ECICA) après le DEF (BEPC). J'ai ainsi fait des études
en administration financière malheureusement je n'ai pas pu décrocher
mon diplôme car j'ai abandonnée après deux échecs
à l'examen du brevet de technicien. Au pavant à l'ija,
certains de mes professeurs comme Idrissa Soumaoro, Issa Niaré
et Bah Tapo (paix a son âme) n'avait rien ménagé
pour j'opte pour l'Institut national des arts (INA) au lieu de l'ECICA.
Ils étaient convaincus que j'étais promise à une
brillante carrière artistique. Ce qui n'était pas mon
ambition à l'époque. Après mon échec à
l'ecica, j'ai fait de petits boulots comme animatrice de réseau
dans une station d'essence. Mais, finalement, le destin a repris le
dessus car je suis retournée à la musique en apprenant
à jouer à la kora.
Je peux vous raconter beaucoup d’anecdotes stigmatiser et discriminatoires.
Au lieu de m’abattre, ces préjugés et cette méchanceté
gratuite m’ont encouragée à redoubler d’ardeur
pour maîtriser la kora.
Comment
avez-vous appris à jouer à la kora?
Madina: Après mon échec, j'ai toujours eu envie d'apprendre
à jouer la kora.Et c'est au hasard que j'ai rencontré
Toumani Diabaté l'un des virtuose de la kora Il était
surpris de ma volonté de maîtriser coûte que coûte
cet instrument mythique et mystérieux. J'ai été
le voir une semaine après cette rencontre fortuite. Il m'a alors
indique les rites à accomplir avant de toucher à la kora.
C'était dix noix de cola et 500 FCFA (0,76 €). A cela, il
fallait ajouter le prix de l'instrument fixé à 50.000
FCFA (76,22 €). Ce qui n'était pas une modeste somme à
l'époque. J'ai commencé à payer par tranche grâce
à un cousin de Modibo Keita. Une fois, Toumani a été
invité en Europe pour une tournée .Il m'a demandé
de prier pour lui et que si sa tournée est succès, il
me réserve une surprise.
La tournée a été un franc succès et comme
surprise, Toumani a renoncé à ce que je lui devais encore
sur le prix de ma kora. Je n'avais payé que 15.000 FCFA (22,87
€).Mieux, il m'a offert une nouvelle kora. J'ai pleurée
ce jour parce que je ne m'attendais pas a ce que quelqu'un m'offre cet
instrument que j'adorai tant.
C'est cette kora que j'ai depuis plus de onze ans. J'ai poursuivis mon
apprentissage sous la direction de Toumani, et plu tard de Djeli Mady
Toukara et de Barby.Entre temps, j'ai définitivement perdu la
vue .Mais, j'ai pu poursuivre mon apprentissage .Mieux, j'ai aussi appris
à jouer au kamalen n'goni.
Vos
fans ne se comprennent pas que vous n'ayez pas encore un album sur le
marché?
Madina: Les circonstances ne s'y étaient pas encore présentées.
A la suite de mon apprentissage, j'ai connu plusieurs expériences
musicales. C'est ainsi que j'ai fait partie d'un orchestre féminin
constitue par un professeur de l'INA, Souleymane Dembéle Au début,
il a souhaité que nous rendions hommages aux femmes à
l'occasion du 8 mars. Il s'est trouve que j'avais commencé la
composition de "Bani". C'est cette chanson que nous avons
finalement interprète sous le titre de "Muso" (la femme).
Malheureusement, l'expérience n'a abouti. J'ai alors poursuivi
mon apprentissage aux cotés d'un vieil Barby.Et cela pendant
quatre ans. Les gens me poussaient à sortir un album. Mais, je
n'étais point pressée. Mon oncle m'a aidé a montée
un groupe stable comme je le souhaitais. Et je me sens aujourd'hui prête
à sortir un album. Une opportunité qui m'est offerte par
un jeune étudiant français, Anana Garcia.Je rentre au
studio de bogolan de Mali k7 à partir du 27 juillet 2004.
Quelles
sont généralement tes sources d'inspirations?
Madina: Il m'est difficile de m'identifier une source d'inspiration.
Généralement, je n'aime pas interpréter. J'adore
composer et trouver l'accompagnement convenable. Je préféré
donc créer. Il me suffit aussi d'entendre un rythme pour composer
la chanson qui s'y adapte. Je peux dire que je suis beaucoup inspirée
par les instruments et les rythmes traditionnels.
Quels
sont les thèmes abordés dans cet album.
Madina: Je rends hommage à la bravoure et à l'abnégation
des femmes, je célèbre l'amour et la paix qui font aujourd'hui
tant défaut à l'humanité. Je prends aussi position
par rapport à l'immigration. Si les autorités françaises
voire européennes doivent traiter les immigrés avec plus
de respect, nos frères et sœurs doivent aussi arrêter
maintenant d'entrer illégalement sur le territoire d'autrui.
Certaines chansons traitent aussi des relations sociales.
Vous
considérer-vous comme une artiste engagée?
Madina: Je suis une artiste très engagée. L'art est avant
tout un engagement parce que moyen d'expression des convictions socioculturelles
et politiques. Je suis une artiste engagée et une femme émancipée.
Quels
sens donnez vous alors à l'émancipation féminine?
Madina: A mon avis l'émancipation ne signifie pas égalité
entre homme et femme. Une femme n'est jamais l'égale de l'homme.
Ne serait-ce que par la différence biologique. Etre émancipée,
c'est pouvoir exercer les mêmes métiers, par exemple, que
les hommes afin de subvenir à ses besoins. L'émancipation
se traduit beaucoup plus dans le sens des droits, de la justice sociale…
En ce qui concerne, je joue des instruments comme les hommes. Et cela
me permet d'avoir des revenues à la sueur de mon front comme
eux. C'est ce que j'ai en communs avec les hommes. En dehors de cela,
l'homme et la femme se complètent au foyer et dans la vie.
Avez-vous
rencontrée beaucoup de difficultés pour réaliser
votre ambition musicale?
Madina: J'ai beaucoup souffert de la discrimination et de la stigmatisé
parce que mon choix n'était pas accepté par beaucoup de
gens, les instrument surtout, il était inadmissible qu'une femme
touche à la kora à plus forte raison essayer de la maîtriser
une étudiante de l'INA qui disait à ses amies : "Madina
perd son temps. Elle ne pourra jamais maîtriser la kora qui est
un instrument sacré interdit aux femmes. La kora est considérée
comme une femme et la société ne peut pas tolérer
qu'une femme tombe amoureuse d'une autre".
Je peux vous raconter beaucoup d’anecdotes stigmatiser et discriminatoires.
Au lieu de m’abattre, ces préjugés et cette méchanceté
gratuite m’ont encouragée à redoubler d’ardeur
pour maîtriser la kora.
Qu’est ce que la musique a changé dans votre vie.
Madina : La musique m’a donnée une raison d’exister.
Elle me permet avant tout de maîtriser mes sentiments et d’exprimer
mes opinions. Elle m’a aussi permis de l’ombre. Je jouis
maintenant d’une relative notoriété dans mon pays
et à l’extérieur, surtout en Europe ou j’ai
donné beaucoup de concerts. La musique a contribuée à
mon intégration socio-économique. J’ai définitivement
perdu la vue le 24 octobre 2002. J'ai alors entendu beaucoup de choses
désagréable. Mais, la musique m'a permis d'évacuer
tout cela. Contrairement certaines personnes qui sont dans ma condition,
je ne suis pas cloîtré à la maison ou condamnée
à mendier dans la rue. Je me sens privilégié car
j'ai des amis, je sors et je me sens bien ainsi.
Quel
appel lancez-vous alors aux personnes, surtout aux femmes qui sont dans
votre situation et qui ne veulent rien entreprendre parce que se disant
handicapées.
Madina: Ce n'est pas parce que qu'on est "handicape" que l'on
doit renoncer à vivre. Il faut se fixer un objectif afin d'avoir
une raison d'exister. Il y a des sourds- muets et des non-voyants qui
gagnent bien leur vie à la sueur de leur front. Même s'il
doivent faire plus d'effort que les autres pour parvenir à leur
fins. Ce n'est pas un miracle s'ils réussissent cela. C'est de
la volonté, du courage et de l'amour du travail. On est handicapé
que dans sa tête. C'est pour quoi je ne me considère pas
comme une handicapée. Je suis seulement une non-voyante et cela
ne m'empêche pas de vivre comme je l'entends. Il est aussi vrai
que j'ai eu la chance d'avoir des gens extraordinaire autour de moi
et qui m'ont aidée à m'intégrer. C'est le cas surtout
de ma sœur Fanta Ndiaye. C'est grâce a elle et à mes
parents, FiIy Cissé, que ma carrière musicale a rapidement
évoluée. Sans Fanta, j'aurais peut être abandonné
la musique .C'est vous dire combien l'aide de l'entourage est aussi
primordiale dans l'intégration d'une personne considère
comme handicapée. Je remercie personnelles Allah parce que grâce
à lui et la sollicitude de ma famille, de mes amis français…
Je n'ai jamais senti que j'étais non voyante. Si mon destin était
d'être aveugle, ils m'aident à le vivre.
Propos
recueillis par Moussa Bolly
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