Mariétou Diabaté
 

 

MARIETOU DIABATE ARTISTE

Un talent incommensurable

Il doit être écrit quelque part que la lignée des grands griots (Wa Kamissoko, Siramory Diabaté, Balla Fasséké, Kandia Kouyaté, Amy Koïta, Bako Dagon, Salif Kéita, etc.) du Mandé ne s’éteindra jamais. Elle se perpétue de génération en génération. La jeune Mariétou Diabaté, une révélation à la beauté troublante et frustrante, en est une sûre perpétuation.
A la fin de l’année dernière, en novembre précisément, elle s’est révélée comme une rose dans un champ roseaux sauvages. Avec «I bake ten», son premier album, Mariétou Diabaté, a réussi un véritable coup… d’artiste ! Au menu, huit somptueuses tartines bientôt complétées à neuf par un single.
Le succès de «I bake ten » n’est guère surprenant parce qu’il ne manque pas de canons de séduction. La Djélideni (jeune griotte) dispose tout d’abord de la beauté vocale des Siramory Diabaté, Bako Dagnon, Amy Koïta Kandia Kouyaté… Comme l’écrivaient récemment les critiques, elle «possède le don héréditaire d’une voix claire, puissante et haut percée, et ne manque pas d’une technique adéquate pour mettre en valeur ses ressources vocales». Et, qui plus est, Mariétou a aussi hérité de l’aisance dans la composition de son mentor : Salif Kéita. Le succès de la jeune star et de son premier opus s’explique aussi par le fait que «Wanda records » du rossignol (Salif Kéita) a mis tous les atouts du côté de son actuelle tête d’affiche. A commencer par l’arrangement assuré par deux monstres sacrés de la musique africaine. Il s’agit notamment de Djéli Moussa Kouyaté et de Kerfala Kanté. Même si le rythme s’enracine dans la traditionnelle musique mandingue, Mariétou marque une rupture avec les griottes par la composition et l’interprétation de ses chansons. Et la dauphine est aussi engagée que son mentor. En effet, sur «I bake ten», la nouvelle étoile de Kita (plus de 100km à l’ouest de Bamako) magnifie l’amour et fustige le racisme dans «Sya Woloma », la corruption, la démagogie…dans «mali den ». Dans cette dernière chanson, si elle demande aux Maliens de se ceindre la taille pour développer leur pays, elle exige des dirigeants le respect de promesses, la répartition égale des richesses qui ne doivent plus être une succulente orange réservée à quelques bouches seulement.
Le mérite de Mariétou, c’est d’avoir réussi à se plier aux exigences et caprices de sa génération avec du Zouk, la salsa et du groove sans renier son appartenance à la légendaire lignée des griots du Mandé. Cela se comprend aisément car, contrairement à beaucoup de jeunes qui s’improvisent artistes du jour au lendemain, Mariétou a un incommensurable talent naturel et a été à bonne école. Elle s’est forgée les atouts de la réalisation son destin aux côtés des célébrités comme les sociétaires de l’Ensemble instrumental national du Mali, Amy Koïta puis Salif Kéita.
Sa carrière solo marque la maturité d’une élève consciente de son talent et animée de la passion de l’art. Une passion qui lui a déjà coûté sa vie scolaire au grand dam de ses parents. Mais la suite de l’histoire a donné raison à l’élégante et sublime Mariétou puisque sa famille est aujourd’hui parmi ses premiers admirateurs et soutiens.
Avec le phénoménal succès qu’il connaît, « I bake ten » se positionne comme un excellent tremplin pour Mariétou dans sa débutante mais prometteuse carrière solo. Et une chose est dores et déjà évidente : les portes du show biz ne vont pas longtemps résister à son talent et à sa farouche volonté de faire mieux que Salif Kéita , Amy Koïta … ses mentors ! Déjà, le Mali bouge au gré de la voix de Mariétou.
Moussa Bolly

 
 
06/07/06