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Modibo
Kouyaté, Guitariste
Le virtuose de la dynastie
Après la fille (Fatoumata dite Fati) et la mère (Fatoumata
dite Tata Bambo) nous nous somme intéressés au baron de
la dynastie des Kouyaté. Il est le moins connu parce que se mettant
rarement au-devant de la scène. Il en est pourtant maestro. Modibo
Kouyaté, puisque c'est de lui qu'il s'agit, l'un des pionniers
de la guitare au Mali. Profil d'un virtuose de la corde.
"Il
n'y a jamais eu d'instrumentistes dans notre famille. C'est un don qui
m'est venu comme ça" confesse Modibo Kouyaté, l'AS
de la guitare au Mali. En effet, Modibo a vu le jour en janvier 2945
dans une famille de griots à Dioro (cercle de Ségou).
Et si le père, Sambala Kouyaté (un commerçant),
n'a jamais joué ou chanté, la mère Bintou Bambera
a été une emblématique cantatrice de la région.
" Ma mère était adulée dans tout le pays.
De son temps, les manifestations sociales et culturelles étaient
organisées de sa disponibilité. Certains préféraient
reporter leur mariage d'une année que de ne pas l'avoir à
l'animation. Et partout, elle était reçue avec les honneur
dus a une reine", se rappelle l'héritier.
C'est alors qu'il était à l'école fondamentale
que Modibo Kouyaté a appris à jouer a la guitare."Je
partageais la même cour que Mba Kouyaté, un guitariste
de l'orchestre national. Il avait plusieurs instruments chez lui. Mais,
c'est la guitare qui me fascinait beaucoup. Et je profitait de son absence
pour m'essayer à cet instrument. Je me cachais pour le faire
de peur d'être grondé. C'est ainsi que j'ai pu maîtriser
la guitare" se rappelle le prodige. Après le CEP, le jeune
griot est recruté à la Fonction publique commis. Il sert
d'abord dans le cercle de Niono avant d'être muté a Mopti
ou il avait rendez-vous avec son destin. En effet, Modibo a travaillé
avec plusieurs gouverneurs dont Adramane Maiga et Diby Sylla Diarra.
C'est ce dernier qui a eu l'initiative de constituer un orchestre pour
rompre la morosité de la Venise Malienne. "Diby avait remarqué
qu'il n'y avait pas d'activités de jeunesse a Mopti. Il m'a appelez
un jour pour me demander si je pouvais monter un orchestre avec Sory
Bamba. Ce dernier s'est montré enthousiaste et disponible. Alors
Diby Syllas nous a offert un matériel complet estimé à
une vingtaine de maillons à l'époque, explique le talent.
Les
origines du Kanaga.
C'est
ainsi que le Kanaga de Mopti a démarré avec les Aly Farka
Touré, Kissiman Traoré, Bedos, Sitec, Samory… Igrofré
dit Koko Dembélé s'est joint au groupe par la suite. Modibo,
Sory, et compagnie vont conduire cet orchestre au sommet de la musique
moderne malienne avec plusieurs consécrations à la biennale
artistique et culturelle des jeunes du Mali. Le jeune guitariste rejoint
la cité des trois caïmans avec une dizaine d'années
(1960-70) passées dans la Venise malienne. Il prend fonction
à l'Agence comptable de la direction générale des
Postes de Télécommunications. Il ne reste que quatre ans.
"Brusquement, j'ai eu envies de changer d'air, d'aller à
l'aventure. Je voulais surtout en France", explique-t-il avec une
certaine nostalgie. Vouloir c'est pouvoir parce que le jeune commis
a finalement pu réaliser son rêve. Il s'est exilé
dans l'hexagone ou il a passé dix ans au service de l'art et
de la culture. En effet, des son arrivé, Modibo a été
rapidement intégré au sein du Grand Ballet d'Afrique Noire
ou il a eu la chance de côtoyer non seulement d'autres compatriotes,
mais aussi et surtout des guinéens, des Sénégalais,
des burkinabés et des Zaïrois (actuel congolais de la république
démocratique)
Expériences
enrichissantes
"Cela
a été une très grande expérience dans ma
carrière. Avec le grand ballet, j'ai parcouru le monde, surtout
l'Europe, à la rencontre d'autres cultures, d'autres civilisations
et d'autres musiciens. Je me suis beaucoup amélioré, j'ai
surtout acquis une grande sagesse", reconnaît le virtuose
de la dynastie des Kouyaté. Avec cette formation, il a enregistre
un album dont il a été le principal arrangeur. Des melodies
originales soutenues par les voix envoûtants de Niama Macalou
et Dasso Camara, deux de nos sublimes cantatrices. Orphelins de père
depuis sa tendre enfance, Modibo revient au bercail sur insistance de
sa vieille mère. Un retour marqué, apres cette inoubliable
expérience française, par son mariage avec Tata Bambo
Kouyaté. Ce mariage est le couronnement d'une "longue histoire"
"romantique" dont il se passe volontiers de la narration.
Mais, un mariage qui lui a beaucoup apporté socialement et professionnellement.
"Nous sommes complémentaires dans la vie et sur scène.
La griotte ne peut pas chanter sans intrus ment et c'est la cantatrice
qui rehausse le talent ainsi que la virtuosité de l'instrumentiste",
confie-t-il néanmoins. Patriarche, Modibo est père d'une
dizaine d'enfants qu'il a eu avec ses deux épouses. "La
polygamie ne m'a jamais crée de problèmes. Dans une famille
polygame, si le mari s'assume, il y a moins de problèmes",
conseille-t-il aux futurs candidats a la polygamie.
Espoir
déçu
"J'aurais
aimé, a mon image que mes enfants étudient d'abord avant
de se lancer dans la musique. Hélas, je n'ai pas eu cette chance.
Ils sont tous devenus des cantatrices ou des instrumentistes",
regrette le baron des Kouyaté. En effet, Assa, Mah Kouyaté
n°3, Fati qui vient de sortir son premier album"Bailo",…est
aujourd'hui de prometteurs jeunes talents de la musique malienne. El
le benjamin des Kouyaté, Gaoussou, est superbement lancé
sur les traces de son virtuose de père. Sa passion de la guitare
menace dangereusement les études de ce garçon, super intelligent,
au grand dame de ses parents qui rêvaient de faire de lui la tête
pensante de la dynastie.
"Sans aucune volonté de nous vanter, je crois que nous constitution
des exemples pour eux, Tata Bambo surtout. Dans la vie, le premier secret
de la réussite, c'est d'aimer ce que tu fais. Ensuite, il faut
faire preuve de modestie, d'humilité et de disponibilité
envers les gens. Tata n'à jamais fais de distinction entre les
diatiguis. C'est pourquoi tout le monde l'adule et le respecte. A nos
enfants de s'inspirer de nous…", conseille Modibo a ses enfants
et a toutes la nouvelle génération. Le fait que ces enfants
aient opté pour la musique au détriment des études
n'est pas la seule déception du fondateur du Kanaga de Mopti.
Le fait que son merite n'ait pas encore été reconnu par
la nation en est naturellement un motif de frustration. Et Dieu seul
sait les services qu'il a rendus a ce pays. A commencer par l'encadrement
des jeunes artistes du Kanaga pendant dix ans. Il a aussi rehausse l'image
du Mali avec le grand ballet d'Afrique Noire de Paris. Et, en 2003,
c'est lui qui a conduit la caravane des artistes qui ont sillonné
tout le pays pour annoncer la reprise de la biennale artistique et culturelle
des jeunes après une décennie de rupture. "Le president
ATT est témoin de ce que j'ai fait pour la jeunesse à
Mopti. Chaque fois qu'il revenait à Mopti, il était avec
Sory Bamba et moi", indique le pionnier de la guitare.
Authenticité
menacée
Il est aussi déçu par le virage que prend la musique malienne.
Même si on lui doit l'introduction de certains instruments modernes,
à pedales surtout, Modibo s'insurge aujoud'hui contre leur abus."Les
jeunes artistes et arrangeurs en abusent pour cacher leurs lacunes.
Et cela est entrain de dénaturer la musique malienne. Je n'ai
rien contre les instruments modernes s'ils sont bien accordés
avec nos instruments. Ce que la nouvelle génération ne
parvient pas a faire. Nous devons nous referez aux guinéen, aux
sénégalais et aux ivoiriens qui réussit à
moderniser leur musique sans renier leurs traditions musicales",
indique le précurseur. N'empêche que Modibo Kouyaté
n'a pas a rougir de son parcours, certes, il n'a pas bénéficié
de la reconnaissance de son talent comme il n a pas amassé une
fortune, mais aujourd'hui il ne suffit a lui-même sur plusieurs
aspects. " La musique m'a apportée une grande sagesse parce
que j'ai beaucoup voyagé. Je ne suis pas riche, mais j'ai toujours
pu subvenir à mes besoins et aux charges de ma famille. Cela
est très important dans la vie. Et, qui plus est, je jouis de
l'estime et de la confiance des gens", se satisfait- il. Une satisfaction
à l'image et de l'homme discret et humble
Le
phénomène!
A ces débuts à la guitare, Modibo Kouyaté était
perçu comme un véritable phénomène que les
mélomanes ne se lassaient pas d'admirer. Les anecdotes ne manquent
pas pour mettre en exergue ce début fracassant et étincelant
d'un des plus grands guitaristes du continent. Il a été
le premier a accordé la guitare au ngoni au Mali. Ce qui était
non seulement une prouesse, mais aussi et surtout une révolution
musicale. Parce que personne ne pouvait croire a un tel arrangement.
"Avant de partir en France, je m'asseyais devant notre porte pour
jouer à la guitare. Mogantafé Sacko (paix à son
âme) m'a remarqué. Et un jour elle m'a demande de l'accompagner
à une cérémonie de mariage. Ce qui m'a donné
l'occasion de jouer a avec Mady Toukara, un virtuose du ngoni. C'était
la première fois au Mali qu'une cantatrice se faisait accompagner
par un guitariste et un joueur de Ngoni. Peu de temps après,
Mongatafè m'a sollicité pour l'enregistrement de sa cassette
a Radio Mali. Les auditeurs étaient émerveillés.
Et on est parti me chercher a la maison pour m'emmener au grand marché
ou les gens venaient m'admirer comme un phénomène",
se rappelle Modibo Kouyaté. Loin d'être égoïste,
Modibo a toujours partagé son talent inné avec les jeunes
artistes. De grands guitaristes comme Koko Dembélé, Bouba
Sacko, Cheick (époux de Nainy Diabaté et Modibo (ex-époux
de Babani) Diabaté… ont été a son école.
Ces deux derniers sont cousins a qui Modibo Kouyaté, intime ami
a Kanté Man fila; a offert leur premières guitares. Tout
porte à croire que le maître a transmis son savoir et son
expérience avec beaucoup de pédagogies et surtout avec
une réelle bonne foi puisse que presque tous ces élèves
sont devenus de grands guitaristes incontournables pour bien de cantatrices
et d'artistes. Cela aussi est un merite qui valoir une reconnaissance
nationale. |