Nafi Diabaté
 

 

Nafi Diabaté "Marimar", Artiste Cantatrice
Une carrière menacée par les pirates !

Marimar ! Vous connaissez ? Il ne s'agit pas du feuilleton brésilien qui a captivé les Maliens au point de réduire le taux de fréquentation des mosquées à la prière du maghrib ("Fitiri"). Mais, plutôt de la très prometteuse cantatrice qui ressemblait comme deux goûtes de pluie à l'héroïne qui a donné son nom au feuilleton. Avec son premier album, "A yé n'dèmè", Nafi Diabaté dite "Marimar" a connu un succès phénoménal avant de s'éclipser de la scène. Pourquoi ? Les pirates !

Avec des titres comme "A yé n'dèmè", "Walé gnouman", "Niafo", "Toumacé", "Yèlè"... Marimar avait grimpé au sommet des hits nationaux, il y a deux ou trois ans. Cet album avait permis aux mélomanes de découvrir une jeune et élégante griotte passionnée et ambitieuse. Une ambition à la hauteur de son talent. A la sortie de A yé n'dèmè, la notoriété de Nafi a dépassé les seules scènes de Sumu pour l'imposer comme l'une des valeurs sûres de la chanson malienne. Au lieu d'être confirmé par un second album très attendu, ce succès s'est étrangement terminé par l'éclipse de l'artiste de la scène musicale. Par parce que l'artiste avait épuisé son répertoire, mais parce qu'elle est dépitée par le fléau auquel n'échappe aucun artiste du pays : la piraterie !

"Malgré ce grand succès, cet album ne m'a rien apporté en termes d'argent. Les pirates se sont accaparés des retombées de mes longues nuits de travail. Ce sont eux qui ont récolté les bénéfices de mon travail. Alors pourquoi sortir des albums si c'est pour se faire sucer le sang par les pirates ?", s'interroge l'élégante cantatrice. Un constat fait avec beaucoup d'amertume et surtout une révolte à peine contenue. "J'attends en espérant que les autorités vont prendre des mesures rigoureuses contre la piraterie et leurs complices", explique Nafi, la Ségovienne. Elle n'est pas en colère contre les seuls pirates. "Le Bureau malien du droit d'auteur (Bumda) ne joue pas son rôle de protection des artistes. Prenons le cas des concerts. Rares sont les promoteurs qui s'acquittent réellement des droits des artistes. Et le Bumda ferme les yeux. Pourquoi ? Parce que ces agents s'arrangent toujours avec les promoteurs de spectacles qui sont généreux à leur égard au détriment des pauvres artistes ignorants qui doivent se contenter de leurs maigres cachets", attaque-t-elle.
Pour la cantatrice-artiste, les artistes ont un rôle très limité dans la lutte contre la piraterie parce qu'ils sont en majorité des analphabètes qui ne connaissent pas leurs droits et ne savent pas défendre leurs intérêts. N'empêche que les plus éveillés d'entre eux sont à l'avant-garde de ce combat pour la survie et l'épanouissement artistique et culturel du Mali. "A la veille de la clôture de la biennale, nous nous sommes rencontrés au Carrefour des Jeunes pour apporter notre soutien à Cheick Oumar Sissoko résolument engagé contre le fléau et insuffler une nouvelle dynamique à notre lutte. C'est ainsi que nous avons élaboré une pétition dont notre aînée Kandia Kouyaté a été chargée du suivi...", explique Marimar.

Que les fans de Nafi Diabaté se rassurent. Pour rien au monde elle ne va renoncer à la chanson. D'ailleurs, elle continue à faire plaisir à ses nombreux Diatiguiw à travers les Sumu des mariages, baptême... Et n'exclu pas de bientôt sortir son second album, celui de la consécration du talent qui a explosé sur A yé n'dèmè. "Dès que la situation va se décanter, je vais sortir mon deuxième album. Je ne veux pas surtout longtemps sevrer mes fans à cause des pirates. Et par rapport à cette seconde œuvre, je suis très avancée parce que je suis en mesure de présenter aujourd'hui une maquette d'au moins huit titres", promet-elle.

Mais, Nafi n'est pas prête à confier la production de cet opus tant attendu au premier venu. Parce que "les producteurs ne sont pas sérieux. Ils n'assurent surtout pas la promotion de l'artiste. A la sortie d'un album, ils s'activent afin d'amortir leur investissement. Et une fois qu'ils récupèrent leurs sous avec une large marge bénéficiaire, ils baissent les bras. Les producteurs maliens font surtout la promotion de leur produit et non de l'artiste. Le clip est le premier facteur de promotion pour un artiste et son œuvre. Mais, aucun producteur malien ne va au-delà d'un clip. Alors qu'il faut sortir un nouveau clip chaque fois que cela est nécessaire pour soutenir une cassette et l'artiste. Avec une telle politique, un artiste ne pas disparaître de la scène au point de se faire oublier des mélomanes". Il faut rappeler que c'est Kida Production, la maison d'un neveu de la cantatrice, qui avait produit A yé n'dèmè. A défaut de trouver un bon producteur, "je suis prête à m'autoproduire" assure Nafi Diabaté.

En matière de promotion, Nafi n'en veut pas aux seuls producteurs. Les animateurs des radios de proximité et surtout les DJ des nombreuses discothèques du pays sont indexés. "Nous avons l'impression que ces gens sont contre nous. Faites un tour en boîte, les DJ n'accordent pas une grande importance à la musique malienne. Ce sont des soirées sénégalaises ici, des soirées ivoiriennes là. Où est la musique malienne dans tout cela ? Ils avançaient un moment le prétexte que nos morceaux n'étaient pas dansants. Nous avons fait l'effort de moderniser nos œuvres. Nous nous sommes adaptés à la salsa, au zouk, au reggae... afin que les jeunes et les DJ trouvent leur comptent dans nos œuvres. Mais, elles n'ont pas toujours la promotion souhaitée. Allez-y dans les boîtes de nuit au Sénégal, en Côte d'Ivoire... Vous avez peu de chance d'entendre une musique étrangère", se révolte Nafi avec une très grande lucidité.

Les embûches d'un parcours.
Fille d'Oumar et de Fatoumata Koné, Nafi a vu le jour dans la très artistique cité des Balanzas. Malgré qu'elle soit une Diabaté, rien ne prédestinait Nafi à la chanson. Elle explique que "mon père s'est voué corps et âme à l'islam. La religion était la chose la mieux partagée dans notre famille". Si cela nous explique la grande piété de cette charmante jeune dame, nous n'en savons que peu sur l'origine de sa vocation. "Je suis la seule enfant de la famille à chanter. Il n'y aucun autre artiste dans notre famille. Et cela s'explique par le fait que j'ai été éduquée par ma tante Awa Koné, la mère de Modibo et de Cheick Diabaté. C'est elle qui m'a initié à la chanson qui était déjà ma passion de petite fille". Comme la majorité de nos cantatrices, elle a fait ses premières armes dans les sumuw à Ségou. Mariée, elle a suivi son mari dans la capitale.

Le parcours de Nafi a été jalonné d'embûches. "La première résistance a commencé à l'intérieur de ma propre famille. Au début, mon père était catégoriquement opposé à mon choix de mener une carrière artistique. Mais, le croyant qu'il est a fini par comprendre que je ne suivais que mon destin. Il m'a alors donné sa bénédiction", explique celle qui a arrêté ses études en 8è année fondamentale.
La passion de la musique n'a pas seulement coûté à Nafi que des études qui s'annonçaient pourtant brillantes. Mais également son premier mariage. Certainement jaloux, le mari de Marimar s'est opposé à la carrière de sa belle épouse. "Je suis ainsi restée cinq ans sans chanter. Mais, finalement le naturel a pris le dessus et je me suis remise à la chanson. Et comme mon mari ne voulait pas comprendre que je n'existais pas sans la chanson, j'ai préféré divorcer. Ma passion pour la musique explique l'échec de mon premier mariage", explique cette mère de trois enfant (deux filles et un garçon) dont l'aînée a aujourd'hui 19 ans. Et Nafi s'est remariée avec un Malien vivant aux Etats-Unis. C'est ce qui explique, en partie, ses fréquentes absences du pays.
A la sortie de A yé n'dèmè, elle a aussi payé la rançon du succès. "Des gens mal intentionnés m'ont collé tous les défauts et tous les mauvais caractères du monde. Certains ne me connaissaient même pas qu'à travers la télé. Mais, cela fait partie du succès. Lorsqu'on est un artiste, il faut s'attendre à tout cela. Beaucoup vont t'aduler et apprécier tes qualités de cantatrice et d'artiste. Mais, il y aura toujours une minorité jalouse qui va essayer de te détruire en essayant de te donner une mauvaise réputation", dit-elle avec la grande philosophie qui l'a toujours caractérisée.

Cantatrice engagée
Si Marimar reconnaît que sa génération a beaucoup apporté à l'évolution de la musique malienne, elle est aussi d'avis qu'il convient de trier les valeurs sûres de l'ivraie. "Tout le monde s'improvise artiste ou cantatrice de nos jours. Parce que beaucoup pense que c'est la voie la plus facile de s'enrichir. Ils n'ont ni le talent ni la passion de ce métier", se plaint-elle. Pour cette artiste très engagée, il ne suffit pas seulement d'avoir une belle voix pour s'entreprendre une carrière artistique. "Cette carrière à ces exigences qui ne se limitent à la beauté vocale. Il faut avoir la maîtrise scénique, s'inspirer des préoccupations des mélomanes dans ses compositions. Il faut donc avoir assez d'atouts pour réussir dans la chanson". Et Nafi n'en manque pas. En dehors des qualités qu'elle vient d'énumérer, ses Diatiguiw apprécient aussi la fidélité. Selon certains que nous avons rencontrés, "Nafi ne fait pas de distinction entre riches et pauvres. Elle se met facilement au service de tous sans préalables. Et elle n'est ni exigeante ni capricieuse comme beaucoup de nos cantatrices...".
Cette appréciation est un atout déterminant dans la réussite d'une jeune carrière comme celle de Marimar. A elle de persévérer sur cette voie et surtout de ne pas se laisser abattre par les pirates dont la seule ambition est de l'empêcher de tenir la promesse de son talent inestimable.

Moussa Bolly

 
A yé n'démé
Kida / Mali K7

Diabaté "Marimar", Artist
A career threatened by the pirates!


Marimar! Do you know? It is not about the Brazilian serial which captivated the Malians so much that the rate of frequentation of the mosques to the prayer of the Maghrib ("Fitiri") was reduced. But, rather about the very promising professional singer who resembled so much to the heroin which gave her name to the serial. With her first album, " A yé n'dèmè ", Nafi Diabaté alias "Marimar" had a phenomenal success before vanishing from the scene. Why? Pirates!

With titles like " A yé n'dèmè", "Walé gnouman", "Niafo", "Toumacé", "Yèlè"... Marimar had climbed at the top of the national hits; two or three years ago. This album allowed music lovers to discover a young and elegant impassioned and ambitious female griot. An ambition equal to her talent. At the release of A yé n'dèmè, the notoriety of Nafi went beyond the Sumu scenes to impose her like one of the sure value of the Malian music. Instead of being confirmed by a second much awaited album, this success curiously ended in the vanishing of the artist from the musical scene. Not because the artist had run down his repertory, but because she is vexed by the plague to which no artist from the country escapes: piracy!

"In spite of this great success, this album brought nothing to me in terms of money. The pirates monopolized the repercussions of my long nights of work. They collected the benefit of my work. Then does it worth releasing albums to see one’s blood suck by the pirates?" the elegant professional singer questions. A report made with much bitterness and especially a revolt hardly contained: "I’m waiting, hoping that the authorities will take rigorous measures against piracy and their accomplices", explains Nafi. She is not in anger against the pirates only "the Malian Office of the author’s right (Bumda) does not play its part in the protection of the artists. Let’s take the case of the concerts. Rare are the promoters who really discharge the artists’ rights. And Bumda closes the eyes. Why? Because these agents always arranged with the generous spectacles promoters to the prejudice of the poor ignorant artists who must be content with their thin fees", she attacks.
For the artist, the artists have a very limited role in the struggle against piracy because they are in majority illiterate who don’t know their rights and cannot defend their interests. The fact is that the most awaken of them are vangard of this combat for the survival and the artistic and cultural blooming of Mali "At the eve the closure of the biennial, we met at the “Carrefour des Jeunes” to give our support to Cheick Oumar Sissoko resolutely engaged against the plague and to insufflate a new dynamic to our fight. Thus we worked out a petition which our elder Kandia Kouyaté was in charge of the follow-up...", explains Marimar.

The fans of Nafi Diabaté don’t have to worry because she will not give up singing. Moreover, she continues to give pleasure to her many “Diatiguiw” through Sumu of the marriages, baptism... And do not exclude to soon release her second album, the one of the consecration of the talent which exploded on A yé n'dèmè. "As soon as the situation will be decanted, I will release my second album. I do not want to deprive my fans for long because of the pirates. And concerning this second work, I am very advanced because I am able today to present a model of at least eight titles", she promises.

But, Nafi is not ready to entrust the production of this so much awaited opus to the first comer because "producers are not serious. They do not ensure the promotion of the artist. When an album is released, they are activated in order to amortize their investment. And once they recover their money with a broad profit margin, they lower their arms. The Malian producers make the promotion of their product and not of the artist. The clip is the first factor of promotion for an artist and his work. But, no Malian producer goes beyond one clip whereas a new clip should be realised each time it’s necessary to support a cassette and the artist. With such a policy, an artist does not disappear from the scene so that the music lovers forget him ". It should be recalled that it is Kida Production, the company of one of her nephew, that had produced A yé n'dèmè. If I don’t find a good producer, "I am ready to make an auto-production" ensures Nafi Diabaté.

As regards of promotion, Nafi does not bear a grudge only against the producers. The animators of the radios of proximity and especially the DJ of the numerous discotheques of the country are indexed. "We have the impression that these people are against us. Take a stroll in the different nightclubs, the DJ do not attach a great importance to the Malian music. They are Senegalese parties here, Ivorian parties there. Where is the Malian music in all that? They advanced the pretext that our songs were not dancing. We made the effort to modernize our works. We adapted to salsa, zouk, reggae... so that the young people and the DJ find their pleasure in our works. But, they do not always have the expected promotion. Go in the night clubs in Senegal, in Ivory Coast... You have little chance to hear a foreign music", says Nafi with a very great clearness.

Obstacles of a course.
Daughter of Oumar and Fatoumata Koné, Nafi was born in the very artistic city of Balanzans. Although she is Diabaté, nothing predestined Nafi to singing. She explains:"my father dedicated totally to Islam. The religion was the best shared thing in our family". If that explains us the great piety of this charming young lady, we still know very little on the origin of her vocation "I am the only child of the family to sing. There’s no other artist in our family. And that is explained by the fact that I was educated by my aunt Awa Koné, the mother of Modibo and Cheick Diabaté. She’s the one who initiated me to singing which was already my passion when I was a small girl". Like the majority of our singers, she made her first weapons in the sumu with Segou. Married, she followed her husband in the capital.
The course of Nafi was full of obstacles "the first resistance started inside my own family. At the beginning, my father was categorically opposed to my will to carry out an artistic career. But, the faithful he was ended up by understanding that I was just following my destiny. He then gave me his blessing", explains the young lady who stopped studying at the fundamental eighth year.
The passion for music does not only cost Nafi her studies which began brilliantly but it also costs her her first marriage. Certainly jealous, the husband of Marimar opposed to the career of his beautiful wife "I thus remained five years without singing. But, finally the nature took over and I went back to the song. And as my husband did not want to understand that I did not exist without the song, I preferred to divorce. My passion for music explains the failure of my first marriage", explains this mother of three children (two girls and a boy) of whom the elder is 19 years. And Nafi remarried to a Malian living in the United States. That’s what explains partly her frequent absences of the country.
When the A yé n'dèmè was released, she also paid the ransom of success "Of bad-intentioned people stuck all the defects and all the bad characters of the world on me. Some did not even know me through TV. But, that formed a part of success. When you are an artist, you must be prepared to all that. Many will adulate you and appreciate your qualities of artist. _ but there will always be a jealous minority which will try to destroy you or try to give you a bad reputation", she says the great philosophy which have always characterized her.

Engaged singer
If Marimar recognizes that her generation brought a lot to the evolution Malian music; she also thinks that one should sort out the sure "Everyone improvises artist or singer nowadays. Because much thinks that it is the easiest way to grow rich. They have neither the talent nor the passion of this trade", complains it. For this very committed artist, it is not enough to have a beautiful voice to undertake an artistic career "This career has a lot of requirements which are not limited to the vocal beauty. It is necessary to have the scenic control, to take as a starting point the concerns of the music lovers in one’s compositions. It is thus necessary to have enough assets to succeed in music". And Nafi have them all. Apart from the qualities she has just enumerated, her Diatiguiw appreciate also fidelity. According to some we met, "Nafi does not make distinction between rich people and poor people. She is easily at the service of all without preconditions. And she is neither demanding nor capricious like much of our singers..."
This appreciation is a determining asset in the success of a young career like the one of Marimar. She has to persevere on this way and to not let herself discouraged by the pirates whose only ambition is to prevent her from holding the promise of her priceless talent.

Moussa Bolly

 
P 04/03/2004