Seydou Balani
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SEYDOU KOITA DIT SEYDOU BALANI, ARTISTE

Un rebelle très romantique

Il est l’un des grands artisans du retour en grâce du balafon auprès d’une jeunesse proie facile de l’acculturation. Et après s’être éclipsé de la scène musicale pendant quelques années, Seydou Koïta alias Seydou Balani (c’est de lui qu’il s’agit) est de retour dans les bacs. Un come back remarquable avec un 6è album de huit titres inédits. Entre la pureté de la voix de l’artiste, sa connaissance de l’histoire du Mali et l’authenticité de son style, se dessine la frustration d’un talent incompris.

«Ramener le balafon dans son contexte historique» ! C’est l’essence du combat que Seydou Balani mène depuis des décennies. Son nouvel album Môgôya (Humanisme, qui ne figure pas sur la jaquette comme titre générique) est entièrement conçu pour faire avancer cette cause. Les huit titres sont composés de sorte à permettre à l’instrument de s’exprimer de la façon la plus pure et la plus éloquente. Mystique et mystérieux, le balafon n’est pas possessif puisque, avec Seydou, il fait aussi de la place pour le baara et le djembé. Si le premier est un compagnon naturel du balafon, l’association au second est une idée géniale qui apporte un plus rythmique au style de l’artiste. Sur cet opus, le djembé a pris la place du piano et de la calebasse.
Chacun des huit titres est en soi un coup de gueule et un coup de cœur. Ce qui n’est pas surprenant pour qui connaît l’artiste. Seydou est un farouche traditionaliste qui a été à l’école de nombreux sages et de grands. Des compositions comme Yèrèdon (se connaître), Môgôya (humanisme), Môgô Kèlè (conflit de personnes) ou Anka gnokon lamè (s’écouter) sonnent comme un appel à un retour à nos valeurs traditionnelles. «Les gens ne peuvent s’entendre et vivre en harmonie sans s’écouter et se comprendre», dit-il. Le très engagé artiste ajoute, «le Mali est un très vieux pays aux traditions séculaires très enviées dans le monde. Mais, nous avons banalisé ce pays, nous sommes en train de ternir son image par des comportements à faire mourir nos ancêtres de honte. Où sont passés les vrais Maliens ? Il est temps que nous nous ressaisissions».
Bravoure, courage, témérité, solidarité, unité, sens de la responsabilité, dignité et honneur… sont autant de valeur défendue par l’héritier d’une grande famille de griots et de traditionalistes de Ségou. Mais, Seydou Balani n’est pas seulement un écorché vif, il est aussi très romantique comme il le laisse apparaître dans les titres comme Djamana, Donsow ou Bara et Bèka ladiè. Un romantisme accentué par la douceur vocale de ses choristes, M’Baou Tounkara et Kadiatou Samaké. «Je chante la vie de tous les jours. Pour moi, l’artiste est un enseignant, un chroniqueur social, un philosophe et un historien», indique-t-il.
Même issu d’une famille de griots, Seydou n’était pas forcément destiné à faire carrière dans la musique. En effet, il a passé toute son enfance à sillonner le Miniankala (zones de Koutiala, Yorosso…) pour faire paître l’imposant troupeau familial. Il passait plus de temps avec les animaux en brousse qu’en ville. N’empêche qu’il s’éprit vite du balafon. Un coup de cœur qui va changer sa vie. «Il fut moment où nous nous étions fixés dans un village de Yangasso. Les compétitions de balafon étaient nombreuses dans la localité. Une fois, les balafonnistes de notre village recevaient leurs concurrents d’autres villages qui leur ont damé le pion. Ce qui m’a fait mal, c’est que les nôtres avaient été envoyés en formation pendant de longs mois afin de prendre la relève de leurs aînés. Ce qui n’était pas le cas de leurs concurrents. Après cette humiliation, je me suis juré d’apprendre la balafon pour restituer à mon village son honneur et son prestiges perdus», nous raconte-t-il.
Un défi qu’il a relevé en fréquentant les grands maîtres du Xulophone comme Lamissa Bengaly, Balanfô Duga, Sofolosso Tiébilen, Drissa Koné de Diaramana… Un challenge relevé au point qu’on a ajouté le balafon (balani en bamanan) à son patronyme. L’artiste nourrit une vraie passion pour cet instrument. «Après le Soku (violon) et jurukelen (monocorde), le balafon est le plus vieux instrument de musique du Mali. Mythique, c’est un instrument qui peut faire plus mal qu’un fusil comme il peut aussi se mettre au service de la paix, de l’unité et de bien d’autres causes ou valeurs nobles. De nos jours, chacun à tendance à jouer le balafon à sa guise alors que cela répond à des rites précis qu’il faut maîtriser», déplore-t-il.
Aujourd’hui, en plus du balafon, Seydou dit maîtriser la baara et le djembé. Curieusement, Seydou ne joue pas le balafon en public. Et même sur cet album, ce sont Souleymane Coulibaly (balafon solo) et Nofa Diarra (balafon basse) qui ont assuré cette animation instrumentale. Ne lui demandez pas surtout pas pourquoi parce ce que cela demeure l’un des mystères de sa vie.

La vie du jeune Seydou n’a pas été un fleuve tranquille coulant droit vers son embouchure. Après sa formation musicale, il revient à Ségou pour se faire engager comme apprenti sur l’un des premiers cars de la SOMATRA. Il poursuit son apprentissage à Fana puis à Dioïla où il obtient enfin son permis de conduite.
Avec se sésame en poche, il retombe dans la musique suite à une rencontre avec Zani Diabaté, excellent guitariste et Directeur artistique des Ballets maliens. Avec Zani puis Lobi Traoré, il apprend la guitare et perfectionne sa voix. Et au début des années 90, il met sur le marché un premier album, Tékèrèni. Mais, l’aventure tourne mal parce que Seydou se sent flouer par son producteur.

«L’album a eu du succès, mais il ne m’a pas versé un franc. Il me menaçait même d’emprisonnement chaque fois que je lui réclamais mon dû. Et comme si cela ne suffisait pas, il a dressé tout le monde contre moi en me faisant passer pour un fou, un délinquant, un drogué et un saoulard», se rappelle Seydou Balani avec colère et amertume. Face à tant d’accusations, des portes se sont fermées devant l’artiste. Et sa carrière en a pris un sérieux coup. Malgré, son talent, il reste dans l’ombre parce que ne bénéficiant jamais de la promotion requise pour vendre son talent.

Très tôt enterré par ses détracteurs, il est aujourd’hui en voie de résurrection grâce à Sidiki Konaté (Directeur Général de l’Office de la radio-télévison du Mali, ORTM), Koly Kéita (producteur de l’ORTM) et surtout à Mali K7 SA qui a produit ce 6è album. «Môgôya est un signe de vie à l’intention de mes fans. C’est un signe de vie pour les assurer que les ennemis n’ont pas encore eu raison de moi. Et, Inch Allah, je leur réserve encore d’autres surprises agréables», assure Seydou Balani. La quarantaine sonnante, Seydou Koïta est loin d’avoir dit son dernier ou d’avoir épuisé son répertoire.
Et pourtant, toujours incompris de ses interlocuteurs, il ne manque pas aujourd’hui de raisons de se replier une fois de plus sur lui-même. «Je ne vis pas de mon talent. Pas seulement à cause de pirates, mais surtout des producteurs qui ont presque tous abusés de ma confiance et de mon talent», s’offusque-t-il. Il reconnaît néanmoins, «la musique m’a permis de me faire connaître dans mon pays voire dans le monde». Et avec Môgôya, il est évident qu’il va reprendre son bâton de pèlerin pour cracher sa vérité, enseigner sa philosophie de ma vie et consoler les cœurs meurtris avec ses chansons romantiques.
Moussa Bolly

 

 
07/06/2006