N° 12
19 mai 2003

Nouvelle série

L'international guinéen, Son Excellence Sékouba Bambino était dans nos mûrs le week-end dernier. Il était l'invité d'une soirée de Gala qui s'est tenue le 10 mai 2003 à "Bouna espace culturel", sis Aci 2000. En marge de cette soirée animée par Habib Koité, Toumani Diabaté et Bambino, "Le Mag" s'est entretenu avec lui.

Le Mag : Bonjour, Bambino, peut-on savoir l'objet de votre visite ?
Bambino : Je suis venu chez moi, il n'y a rien à dire (rire). Mon ami, Adama Koly Coulibaly, un jeune et dynamique opérateur économique m'a invité pour l'ouverture d'un espace culturel dont il est lui-même le promoteur et qui porte le nom de son père.
Je suis venu lui témoigner mon amitié et apporter mon soutien à cette initiative privée qui enrichit les espaces d'échanges et d'appui à la promotion culturelle. Vous savez, nos pays regorgent de talents, mais les structures font cruellement défaut. Et puisque les Etats ne peuvent pas tout faire, il faut alors encourager les initiatives privées.

Depuis quelques semaines, "Tèmèdi" un morceau tiré du prochain album du groupe Africando, est sur toutes les ondes. Bambino et Africando c'est désormais un mariage ?
Oui ! Ibrahima Sylla, qui est à la fois mon producteur et celui du groupe Africando, a cru bon de m'associer au groupe. Pour l'instant, tout se passe bien. Pour revenir au morceau "Tèmèdi" (jeune fille en soussou), j'ai choisi de chanter en soussou par ce qu'il y avait trop de pression sur moi.
Mes amis ne comprenaient pas le fait que je ne chantais pas en soussou or moi je ne comprends pas cette langue qui est de chez nous. J'ai fais l'effort même si la prononciation n'est pas parfaite. C'est un clin d'œil qui fera le tour de la planète. J'en suis sûr.

Bambino- Bembeya, Bambino-Africando, Bambino en solo : comment parvenez-vous à gérer tout ça ?
J'avoue que ce n'est pas facile. Mais, par la grâce de Dieu, je parviens à m'en sortir. Pour l'anecdote, le groupe Africando a été invité à Rabat (Maroc) à l'occasion du mariage de Sa Majesté le roi Mohamed VI. Avant que l'information ne m'arrive, j'ai signé un contrat en Italie (à l'opéra de Turin) et puisque les deux concerts se faisaient à la même date, je ne pouvais plus partir pour le Maroc. Le groupe a donné une bonne prestation sans Bambino et Bambino a été le premier africain à se produire dans l'opéra de Turin.

Cela fait maintenant 10 bonnes années que vous embrasser aussi une carrière solo, n'avez-vous pas pensé à faire une tournée africaine pour fêter l'évènement ?
J'ai fortement pensé à cela mais le sponsoring en Afrique est encore à ses débuts. Il n'est pas du tout facile de mobiliser les capitaux pour faire une tournée africaine. Les seuls sponsors disponibles pour ce genre de manifestations sont les tabatiers, or rares sont les pays qui autorisent la publicité sur les tabacs sur les espaces de spectacles.
Je continu à nourrir l'espoir que cela viendra un jour. J'en suis sûr. Nous sommes en train de préparer les dix ans de Bambino à Conakry. Il sera fêté si tout va bien au mois de juin prochain. Pour le moment, nous ne savons pas s'il y aura d'autres pays de la sous région comme le Mali, le Burkina Faso ou le Sénégal. Il y a aussi le prochain album du groupe Africando, qui va bientôt sortir. Nous ne savons pas encore le planning de tournée du groupe. On verra tout cela à notre retour du Cameroun où nous (Africando) avons été invités pour la fête nationale du pays.

Bambino et la religion ?
Je suis l'homonyme de Cheick Cherif Haidara, un érudit de Kankan. Je suis un croyant, un usulman. J'apprends tous les jours à mes enfants les vertus de l'Islam. Je pense que c'est ma foi religieuse qui m'aide à surmonter certaines épreuves de la vie.

Puisque vous parlez d'épreuves, quelles solutions avez-vous pour lutter contre la piraterie ?
Je maudis les pirates tous les jours. Nous ne pouvons pas tout faire. Même au sein d'un groupe musical, les tâches sont reparties entre musiciens. Nous avons ainsi ceux qui jouent les instruments et ceux qui chantent. Moi, je sais par exemple chanter.
Il y a d'autres qui font la production, la distribution, le management et la promotion.
Nous invitons les autorités et nos fans à la défense de nos intérêts sinon il n'y aura pas d'avenir pour la musique africaine. Nous laissons nos femmes et nos enfants pour des tournées et des productions en studio, et c'est d'autres personnes qui bénéficient du fruit de notre labeur.

Le mot de la fin ?
Je salue tous mes frères Maliens. Je leur dis que c'est toujours avec un réel plaisir que je reviens chez moi, au Mali.
Je suis fier d'appartenir à ce peuple. Et je profite de l'opportunité pour demander, une fois de plus, à mes fans de nous aider à combattre la piraterie en achetant les œuvres légales.

La rencontre des géants
L'inauguration de "Bouna espace culturel" a favorisé la rencontre entre deux géants de la musique africaine : Sékouba Bambino et Habib Koité. Même si ces deux monstres sacrés se vouent une profonde estime, ils ne s'étaient pas rencontrés si ce n'est qu'à travers leur musique.
Lorsque deux stars se rencontrent, les anecdotes pleuvent comme des notes de musique. Sékouba a ainsi révélé à Habib que l'un de ses fils, un handicapé physique actuellement en rééducation, est l'un de ses fervents fans. "Lorsqu'il a écouté votre album, Samara Bulama, il m'a dit : Papa, Habib est un grand artsite !", a déclaré Bambino.
Le fils en question a des talents artistiques avérés puisque c'est lui qui avait composé, en français, "Promesse" et dont on entends la voix dans "Nimafèlé" (un titre dédié aux enfants soldats et condamnant les guerres à la base de toutes tragédies du continent africain) du dernier album, "Sinikan", de son père. Le roi du dansa, Habib Koité, s'est dit très heureux et honoré par cette rencontre avec son frère Bambino. Et il lui remit des exemplaires de tous ses albums pour leur fils qui a assez de talent pour suivre la voie tracée par ses pères

Africando
Depuis 10 ans, Africando poursuit sa quête inlassable, sincère et joyeuse, de réunir l'Afrique et toute sa diaspora à travers la musique afro-cubaine. C'est pourquoi, en l'absence de Papa Wemba arrêté en France pour trafic de visa, le producteur a fait appel aux services de Nyboma pour rehausser l'éclat de son album Martina qui sera mis en vente le 29 mai 2003. Un projet ambitieux et haut de gamme, Africando est un véritable trait d'union transatlantique.