| L'international
guinéen, Son Excellence Sékouba Bambino était dans nos mûrs le week-end
dernier. Il était l'invité d'une soirée de Gala qui s'est tenue le 10
mai 2003 à "Bouna espace culturel", sis Aci 2000. En marge de cette soirée
animée par Habib Koité, Toumani
Diabaté et Bambino, "Le Mag" s'est entretenu avec lui.
Le
Mag : Bonjour, Bambino, peut-on savoir l'objet de votre visite ?
Bambino : Je suis venu chez moi, il n'y a rien à dire (rire). Mon
ami, Adama Koly Coulibaly, un jeune et dynamique opérateur économique
m'a invité pour l'ouverture d'un espace culturel dont
il est lui-même le promoteur et qui porte le nom de son père.
Je suis venu lui témoigner mon amitié et apporter mon soutien à cette
initiative privée qui enrichit les espaces d'échanges et d'appui à la
promotion culturelle. Vous savez, nos pays regorgent de talents, mais
les structures font cruellement défaut. Et puisque les Etats ne peuvent
pas tout faire, il faut alors encourager les initiatives privées.
Depuis
quelques semaines, "Tèmèdi" un morceau tiré du prochain album du groupe
Africando, est sur toutes les ondes. Bambino et Africando c'est désormais
un mariage ?
Oui ! Ibrahima Sylla, qui est à la fois mon producteur et celui du groupe
Africando, a cru bon de m'associer au groupe. Pour l'instant, tout se
passe bien. Pour revenir au morceau "Tèmèdi" (jeune fille en soussou),
j'ai choisi de chanter en soussou par ce qu'il y avait trop de pression
sur moi.
Mes amis ne comprenaient pas le fait que je ne chantais pas en soussou
or moi je ne comprends pas cette langue qui est de chez nous. J'ai fais
l'effort même si la prononciation n'est pas parfaite. C'est un clin d'œil
qui fera le tour de la planète. J'en suis sûr.
Bambino-
Bembeya, Bambino-Africando, Bambino en solo : comment parvenez-vous à
gérer tout ça ?
J'avoue que ce n'est pas facile. Mais, par la grâce de Dieu, je parviens
à m'en sortir. Pour l'anecdote, le groupe Africando a été invité à Rabat
(Maroc) à l'occasion du mariage de Sa Majesté le roi Mohamed VI. Avant
que l'information ne m'arrive, j'ai signé un contrat en Italie (à l'opéra
de Turin) et puisque les deux concerts se faisaient à la même date, je
ne pouvais plus partir pour le Maroc. Le groupe a donné une bonne prestation
sans Bambino et Bambino a été le premier africain à se produire dans l'opéra
de Turin.
Cela
fait maintenant 10 bonnes années que vous embrasser aussi une carrière
solo, n'avez-vous pas pensé à faire une tournée africaine pour fêter l'évènement
?
J'ai fortement pensé à cela mais le sponsoring en Afrique est encore à
ses débuts. Il n'est pas du tout facile de mobiliser les capitaux pour
faire une tournée africaine. Les seuls sponsors disponibles pour ce genre
de manifestations sont les tabatiers, or rares sont les pays qui autorisent
la publicité sur les tabacs sur les espaces de spectacles.
Je continu à nourrir l'espoir que cela viendra un jour. J'en suis sûr.
Nous sommes en train de préparer les dix ans de Bambino à Conakry. Il
sera fêté si tout va bien au mois de juin prochain. Pour le moment, nous
ne savons pas s'il y aura d'autres pays de la sous région comme le Mali,
le Burkina Faso ou le Sénégal. Il y a aussi le prochain album du groupe
Africando, qui va bientôt sortir. Nous ne savons pas encore le planning
de tournée du groupe. On verra tout cela à notre retour du Cameroun où
nous (Africando) avons été invités pour la fête nationale du pays.
 Bambino
et la religion ?
Je suis l'homonyme de Cheick Cherif Haidara, un érudit de Kankan. Je suis
un croyant, un usulman. J'apprends tous les jours à mes enfants les vertus
de l'Islam. Je pense que c'est ma foi religieuse qui m'aide à surmonter
certaines épreuves de la vie.
Puisque
vous parlez d'épreuves, quelles solutions avez-vous pour lutter contre
la piraterie ?
Je maudis les pirates tous les jours. Nous ne pouvons pas tout faire.
Même au sein d'un groupe musical, les tâches sont reparties entre musiciens.
Nous avons ainsi ceux qui jouent les instruments et ceux qui chantent.
Moi, je sais par exemple chanter.
Il y a d'autres qui font la production, la distribution, le management
et la promotion.
Nous invitons les autorités et nos fans à la défense de nos intérêts sinon
il n'y aura pas d'avenir pour la musique africaine. Nous laissons nos
femmes et nos enfants pour des tournées et des productions en studio,
et c'est d'autres personnes qui bénéficient du fruit de notre labeur.
Le
mot de la fin ?
Je salue tous mes frères Maliens. Je leur dis que c'est toujours avec
un réel plaisir que je reviens chez moi, au Mali.
Je suis fier d'appartenir à ce peuple. Et je profite de l'opportunité
pour demander, une fois de plus, à mes fans de nous aider à combattre
la piraterie en achetant les œuvres légales.
La rencontre
des géants
L'inauguration de "Bouna espace culturel" a favorisé la rencontre entre
deux géants de la musique africaine : Sékouba Bambino et Habib Koité.
Même si ces deux monstres sacrés se vouent une profonde estime, ils ne
s'étaient pas rencontrés si ce n'est qu'à travers leur musique.
Lorsque deux stars se rencontrent, les anecdotes pleuvent comme des notes
de musique. Sékouba a ainsi révélé à Habib que l'un de ses fils, un handicapé
physique actuellement en rééducation, est l'un de ses fervents fans. "Lorsqu'il
a écouté votre album, Samara Bulama, il m'a dit : Papa, Habib est un grand
artsite !", a déclaré Bambino.
Le fils en question a des talents artistiques avérés puisque c'est lui
qui avait composé, en français, "Promesse" et dont on entends la voix
dans "Nimafèlé" (un titre dédié aux enfants soldats et condamnant les
guerres à la base de toutes tragédies du continent africain) du dernier
album, "Sinikan", de son père. Le roi du dansa, Habib Koité, s'est dit
très heureux et honoré par cette rencontre avec son frère Bambino. Et
il lui remit des exemplaires de tous ses albums pour leur fils qui a assez
de talent pour suivre la voie tracée par ses pères
Africando
Depuis 10 ans, Africando poursuit sa quête inlassable, sincère et joyeuse,
de réunir l'Afrique et toute sa diaspora à travers la musique afro-cubaine.
C'est pourquoi, en l'absence de Papa Wemba arrêté en France pour trafic
de visa, le producteur a fait appel aux services de Nyboma pour rehausser
l'éclat de son album Martina qui sera mis en vente le 29 mai 2003. Un
projet ambitieux et haut de gamme, Africando est un véritable trait d'union
transatlantique. |