Rokia
Traoré
Née à Bamako (Mali), cette jeune femme de 29 ans est
issue d'une noble lignée de l'ethnie Bamanan. A l'âge
de 4 ans elle quitte son pays et séjourne, au gré de
carrière diplomatique de son père, entre l'Europe, l'Orient,
le Maghreb et l'Afrique. N'empêche que dans la maison familiale
on vit toujours à "l'africaine". Ses parents l'éduquent
selon les principes de la culture mandingue.
Rokia grandit à l'écoute des musiques de sa terre natale:
les rythmes de transes de la haute boucle du Niger, les mélopées
lancinantes des vedettes de l'Ensemble
Instrumental National, le jeu syncopé de Lamissa
Bengaly, célèbre balafôla ( joueur de balafon)
du Kénédougou et les volutes douces-amères des
chanteuses du Wassoulou. Encore gamine, elle s'en nourrit et apprendra
par la suite leurs techniques vocales et instrumentales.
En 1993, de retour à Bamako, Rokia s'engage comme rappeuse
dans une formation hip hop de lycéens, les "Let's
Fight", histoire d'accomplir ses premières armes
de chanteuse. Après une série de concerts au Mali entre
1995 et 1997, elle réalise Mouneïssa en 1998.
Ce
premier album suscite l'étonnement et révèle
aux mélomanes une vocaliste à la graine magique, ouverte
aux suggestions ancestrales autant qu'aux influences diverses d'une
vie itinérante au gré des déplacements du père
diplomate. Le coup d'essai est en tout cas un coup… d'artiste
puisque la fine Rose est sacré en 1999 "Meilleure révélation"
de la musique malienne. Déjà en 1997, elle avait été
la lauréate du concours "Découverte RFI".
Le succès de Rokia n'est pas pourtant surprenant parce qu'elle
a su créer un style authentique. Dans sa musique, on y retrouve
les atmosphères paisibles, empreintes d'une quiétude
presque surréelle, si typique de la chanson du sahel. Avec
le réverbère de la mémoire, une inspiration fraîche,
spontanée, elle ajoute à son chant intemporel les sonorités
tendres, néanmoins pleines d'énergie, qui font l'originalité
de son répertoire.
La reconnaissance acquise la pousse à évoluer sur le
plan vocal, à perfectionner les arrangements pour affronter
les difficultés du deuxième album. "Dans mon monde,
des tonalités étrangères à ma langue m'interpellent,
me suggèrent des mélodies inouïes…Il m'arrive
de me mettre dans la peau d'un rocker qui chante en bamanan. Ensuite,
il s'agit de choisir la modulation juste pour respecter l'intensité
de la note tout en gardant sa fragilité, celle qui donne la
couleur à mon chant. Je demande à ma voix de faire ce
que j'en veux. La douceur qu'on ressent correspond à mon tempérament,
car je déteste la violence…", explique la chanteuse.
Si les cantatrices historiques, comme Awa
Dramé, Fanta
Damba "la
jeune" ou "la première", Ami
Koïta, demeurent ses références, Rokia
explore de nouvelles voies : aux envolées des djélimusso
avec aigus saisissants, descentes vertigineuses et intonations arabisantes,
elle préfère un phrasé plus intimiste, finement
brodé de murmures à peine étouffés, éclairé
par des effets qui donnent lumière et profondeur à sa
voix.
Le
pari de Rokia est là : jouer de la musique authentique et innovatrice,
sans succomber aux modes. Elle s'entoure d'une équipe formée
à l'école de la tradition. Ses musiciens utilisent surtout
des instruments du terroir (balaba, n'goni,
karignan, djita, djembé…),
mais sa voix reste libre de s'éloigner des canons esthétiques
établis: Wanita, son second album, en est l'expression parfaite.
Un opus qui a connu un succès retentissant succès international.
Ce qui lui a valu le trophée de "Meilleur Espoir Féminin"
de la musique africaine aux Kora Awards de 2001. Une première?
Sans équivoque, oui.
Le nouvel album, Bowboï, révèle l'état d'esprit
du moment de Rokia
Traoré et de son groupe. Il est le fruit des expériences
cumulées au cours des six dernières années lors
du tour du monde qui les ont conduit maliens de Los Angels à
Sidney, en passant par Londres et Tokyo, Paris, Sun City, Bruxelles,
Amsterdam, Mexico… Il reflète l'état d'esprit
de musiciens ont mûri ensemble un projet musical original en
amenant vers la modernité des instruments acoustiques traditionnels
d'un autre temps au service d'une voix surprenante et envoûtante.
En
tournée et concert.
Le Super
Rail Band est rentré de sa tournée qui a
duré deux mois. Durant cette campagne européenne, ils
se sont produits successivement en France, Belgique, Allemagne, Danemark
et Angleterre. Nous espérons que cette longue tournée
qui sera ponctuée par la sortie de leur prochain album, permettra
aux dignes ambassadeurs d'une partie de notre culture retrouver la
place qui la leur au temps de Salif
Keita et Mory Kanté.
Issa
Bagayogo que le maliens ont surnommé Techno Issa
depuis la sortie de son album Sya, s'apprête à regagner
la capitale française (Paris) pour une série de 5 concerts.
Notre gaillard reprend ainsi service après avoir vu annuler
une bonne partie de ses spectacles pour raison de guerre en Irak.
A son retour, il rentrera en studio (Bogolan)
pour l'enregistrement de son prochain album.
Les artistes du wassoulou, contre vent et marée, viennent de
tenir leur pari. Une tournée en 2e et 3e région en plein
hivernage et quant on sait que la plupart des salles ne sont pas couvertes
et que le Mali profond est beaucoup plus tourné vers les travaux
champêtres qu'aux loisirs, d'ailleurs ne dit-on pas que ventre
creux n'a point d'oreilles?
Le but de cette tournée (voir Mag 16) récolter les sous
pour la construction d'un centre culturel au Wassoulou.
Après Sikasso et Koutiala les 13 et 14 juin dernier, ils ont
silhonné Banamba (Koulikoro) le 6 juillet, Kélibana
le 14; Kolondièba le 15; Kadiana le 16; Koumantou le 17 et
Nièna le 18 juillet dernier. "Le succès de
l'opération, nous donne de l'appétit, malgré
les multiples préoccupations de nos hôtes pour raisons
de travaux champêtres, nous voulons continuer notre tournée,
afin de doter notre localité d'infrastructure pouvant abriter
les rencontres culturelles" nous a confié un des
responsables de la tournée.