SALIF
KEITA, STAR DE LA MUSIQUE
"Les producteurs maliens sont des pirates"
"Le cheval blanc", Salif
Kéita, ne décolère pas contre les jaloux
qui le dénigrent parce qu'il refuse de se laisser casser le
sucre sur le dos. En effet, les détracteurs de l'enfant de
Djoliba essayent de le détruire sous prétexte qu'il
a refusé de participer à la Biennale.
La Méga Star donne sa version des faits. C'est donc un "Domingo"
de la musique très fâché que nous avons rencontré
dans sa coquette villa de Boulkassoumbougou-Kouloubléni. La
colère ne l'a pas empêché de nous parler de son
patriotisme, de son engagement politique, des femmes, de l'amour...
avant de s'envoler pour une tournée d'un mois (nous aurons
le plaisir de vous présenter le programme de cette tournée
dans notre prochaine parution) en Europe et dans les iles. Dans ce
numéro, nous vous livrons une partie de ses propos relatifs
à la biennale et à la musique en général.
Interview.
Mag: Vous avez été l'un des grands absents de la
scène de l'animation de la Biennale. Qu'est-ce qui explique
cette absence ?
Salif Keita : Je suis
au courant de la reprise de la Biennale qui est d'ailleurs une très
bonne chose. Mais, je n'ai pas été officiellement invité
comme les autres artistes. Je suis surpris et surtout déçu
de n'avoir pas été invité à cette manifestation.
Il est difficile de se présenter à une manifestation
à laquelle on n'est pas invité.
Et pourtant, selon certaines rumeurs, vous avez tout simplement décliné
l'invitation des organisateurs ?
Cela m'étonne ! Mais, je pense que cette rumeur est l'œuvre
des intermédiaires qui, apparemment, m'en veulent beaucoup.
Mais ils se fatiguent parce qu'ils ne peuvent pas me brouiller avec
Cheick (Cheick Oumar Sissoko, ministre de la Culture, NDLR). Il a
été mon ami, il l'est aujourd'hui et il le sera le jour
où il ne sera pas aussi ministre. J'apprécie ses qualités
professionnelles et humaines, son talent, son engagement et son intégrité
morale. Et je sais qu'il ne va pas croire aux mensonges et calomnies
de ces jaloux qui ne veulent pas que le Mali avance et qui ne font
que casser le sucre sur le dos des honnêtes et dévoués
citoyens. Ces artistes et certains de vos confrères m'en veulent
parce je refuse de jouer leur jeu. Ils ne sont pas plus patriotes
que moi. J'ai investi plus 170 millions FCFA (260.000,00 €) au
Mali s'en tirer aucun profit parce que j'aime mon pays. J'ai engagé
des gens dans mon Espace culturel, le "Moffou", qui ne me
rapporte rien. Mais je les paye parce que c'est ma modeste contribution
à la résorption du chômage. Je défie quiconque
de prouver qu'il est plus patriote que Salif
Kéita. De 1963 à 2003 je n'ai eu que du succès.
Et certains sont jaloux de cela et allergiques à mon nom. Ils
m'en veulent parce que je refuse d'entrer dans leurs combines pouvant
ternir l'image de mon pays, parce que je refuse de cautionner la médiocrité.
Je demande aux autorités de me saisir directement chaque fois
qu'elles ont besoin de moi et de ne plus passer par des intermédiaires.
Ne pensez-vous pas que votre engagement, votre franc-parler dérange
beaucoup de chose gens ?
Dieu merci, mon talent me permet de vivre décemment et de ne
courber l'échine devant personne. On ne peut pas me corrompre
ni me manipuler. C'est ce qui dérange mes détracteurs
qui ne peuvent avoir d'autres arguments contre moi. Je ne demande
qu'à servir le Mali sans exiger quoi que ce soit. La preuve,
pendant les dix ans d'Alpha Oumar Konaré Koulouba, le gouvernement
a débloqué 200 millions de FCFA (305.000,00 €)
par an pour la promotion culturelle. Ce qui fait 2 milliards de F
CFA (3.049.000,00 €) , sur les dix ans, sur lesquels je n'ai
touché pas un rond comme subvention. Mais, cela ne m'a pas
empêché d'investir au Mali. Je suis écarté
de beaucoup d'événements à cause des préjugés
véhiculés par mes détracteurs. J'ai envie de
contribuer au développement. Mais, il faut qu'on m'en donne
l'opportunité.
On
est étonné que, face à tant d'acharnement contre
vous, vous n'ayez pas baissé les bras comme beaucoup d'autres
?
Jamais je ne baisserai les bras parce que c'est ce que mes ennemis
veulent. Se battre pour le développement du Mali doit être
un devoir pour chaque Malien. Quels que soient les mauvais caractères
d'une maman, on ne peut pas et on ne doit pas la renier. Et ce qu'on
doit à une maman, on le doit aussi à sa patrie. L'intérêt
du pays est celui de la mère, donc ton intérêt.
On doit donc mettre la patrie avant tout. Mais, aujourd'hui, c'est
le contraire qui est fréquent. Je suis fier d'être Malien
parce que je dois tout aux Maliens. Rien ne pourra m'empêcher
de m'investir pour ce pays. Même si on ne me le reconnaît
pas aujourd'hui, je sais qu'un jour on me le reconnaîtra. J'en
suis sûr.
Que
pensez-vous réellement de la Biennale ?
C'est une très bonne initiative. La Biennale a contribué
à la formation de beaucoup d'artistes du pays. Elle est l'une
des manifestations qui font qu'aujourd'hui le Mali à une très
grande notoriété artistique et culturelle à travers
le monde.
Moffou
est comme un album de rupture dans votre carrière. Qu'est-ce
qui explique ce choix ?
Chaque album d'un artiste doit être un univers à découvrir.
Je n'ai jamais voulu que mes albums se ressemblent. Cela est un signe
de politesse à l'égard des mélomanes. On ne peut
donc pas offrir le même menu à ses fans. Ce n'est pas
respectueux
Moffou
apparaît également comme une volonté de s'affranchir
des contraintes du World music ?
World musique est un concept commercial qui "ghettoïse"
toutes les musiques qui ne sont pas des normes occidentales. Les Africains
ne font-ils pas le blues, le jazz, le rock, ...comme tout le monde
? La particularité de Moffou est que, par rapport aux précédents
albums, je ne revendique rien. Parce qu'il y avait tellement de problèmes
dans le monde et nos sociétés étaient éprouvées
par les maladies, la famine, la pauvreté et les guerres, etc.
Il était donc inutile d'attirer l'attention sur quoi que ce
soit. Je n'ai donc parlé que d'amour. Amour entre époux,
frères, amis, amants... Parce que, pour moi, l'amour est le
remède de tous les maux qui affectent notre société.
Les corrompus et les délinquants financiers n'ont pas l'amour
de leur patrie.
Moffou n'est pas seulement un album acoustique, il est très
romantique. Est-ce à l'image de l'artiste ?
Je suis romantique. Parce que j'ai mis de côté les revendications
sociales et politiques. Malgré les difficultés, je suis
resté optimiste. Il est évident qu'il y a une part d'idéalisme
donc de romantisme dans cet optimisme. Et je trouve que le romantisme
est également une forme d'engagement
De 1963 à maintenant, qu'est ce qui a changé dans
votre perception de la musique ?
Ma culture musicale s'est beaucoup enrichie. J'ai acquis beaucoup
d'expérience. J'ai rencontré beaucoup de musiciens de
cultures différentes à travers le monde. De 1969 à
1973, j'ai fait le Rail Band
très ouvert aux différentes influences musicales comme
la salsa. J'ai ensuite été sociétaire des Ambassadeurs
de 1973 à 1978. Ce qui a été une expérience
spécifique. J'ai alors pris conscience que, pour un musicien
autodidacte, la seule façon de s'améliorer, c'est d'aller
à la rencontre d'autres cultures, d'autres musiciens et de
travailler avec eux afin de partager leurs expériences. C'est
ainsi qu'on se cultive et c'est ce que j'ai fait toute ma carrière.
Que pensez-vous de la musique malienne ?
Elle est aujourd'hui d'une très grande notoriété
dans le monde. Mais, cela à aussi un impact négatif
parce que nos musiciens perdent de plus en plus leur originalité.
Ils ont tendance à se laisser submerger par d'autres concepts.
Il est intéressant et enrichissant de s'ouvrir à d'autres
influences, mais, il ne faut pas perdre pour autant son authenticité.
Plus nous sommes authentiques, plus nous aurons de la valeur. Une
originalité qui fait que la musique malienne est l'une des
mieux cotées dans le monde. C'est à nous de nous battre
pour mieux mériter cette place. On peut rester Roots et faire
danser les gens. Je pense qu'une musique trop sophistiquée
est comme une femme noire qui se dépigmente : elle est... dégueulasse
!
A SUIVRE…
C'est
vendredi dernier qu'a débuté la tournée autonome
2003 de la Dame du Bélédougou RokiaTraoré.
Cette tournée européenne, qui s'étale sur 45
jours, sillonnera dans un premier temps l'Europe dans sa partie occidentale.
C'est la ville italienne de Turin qui a accueilli la 1ere étape
de cette caravane le samedi 4 octobre dernier. Selon les échos
qui nous sont arrivés de l'Italie, Turin a réservé
un accueil chaleureux à notre "Rose" et ses compagnons
qui ont profité pour présenter leur nouvel album "Bowboï"
(au Mali) et "Bowmboï" à l'international.
C'est
le samedi prochain que Habib
Koité et son groupe prendront le départ pour leur
tournée australienne. De source proche de leur maison édition,
il s'agit là d'aller conquérir le marché australien
qui ne connaît pas très bien le meilleur artiste ouest
africain.
La conquête australienne passera par Paris où ils feront
une escale de quarante huit heures à Paris. Au retour, L'enfant
du Khaso qui a participe à la réalisation d'un disque
(un instrumental) en compagnie d'un hollandais et d'un sud africain,
s'arrêtera en Europe pour quelques date de promotion de ce chef
d'œuvre.
Mention
bien à Amadou Kodio et à
toute son équipe, Maxi vacances est à arrivé
à bon port jeudi dernier au palais de la culture de Bamako.
Le groupe Empire Vocal a enlevé
le premier du concours de chant, le trophée du meilleur groupe
chorégraphie est allé au Sunlight
de Bamako Coura. Vivement l'édition 2004.