N° 32
6 octobre 2003

SALIF KEITA, STAR DE LA MUSIQUE
"Les producteurs maliens sont des pirates"


"Le cheval blanc", Salif Kéita, ne décolère pas contre les jaloux qui le dénigrent parce qu'il refuse de se laisser casser le sucre sur le dos. En effet, les détracteurs de l'enfant de Djoliba essayent de le détruire sous prétexte qu'il a refusé de participer à la Biennale.
La Méga Star donne sa version des faits. C'est donc un "Domingo" de la musique très fâché que nous avons rencontré dans sa coquette villa de Boulkassoumbougou-Kouloubléni. La colère ne l'a pas empêché de nous parler de son patriotisme, de son engagement politique, des femmes, de l'amour... avant de s'envoler pour une tournée d'un mois (nous aurons le plaisir de vous présenter le programme de cette tournée dans notre prochaine parution) en Europe et dans les iles. Dans ce numéro, nous vous livrons une partie de ses propos relatifs à la biennale et à la musique en général. Interview.

Mag: Vous avez été l'un des grands absents de la scène de l'animation de la Biennale. Qu'est-ce qui explique cette absence ?
Salif Keita : Je suis au courant de la reprise de la Biennale qui est d'ailleurs une très bonne chose. Mais, je n'ai pas été officiellement invité comme les autres artistes. Je suis surpris et surtout déçu de n'avoir pas été invité à cette manifestation. Il est difficile de se présenter à une manifestation à laquelle on n'est pas invité.

Et pourtant, selon certaines rumeurs, vous avez tout simplement décliné l'invitation des organisateurs ?
Cela m'étonne ! Mais, je pense que cette rumeur est l'œuvre des intermédiaires qui, apparemment, m'en veulent beaucoup. Mais ils se fatiguent parce qu'ils ne peuvent pas me brouiller avec Cheick (Cheick Oumar Sissoko, ministre de la Culture, NDLR). Il a été mon ami, il l'est aujourd'hui et il le sera le jour où il ne sera pas aussi ministre. J'apprécie ses qualités professionnelles et humaines, son talent, son engagement et son intégrité morale. Et je sais qu'il ne va pas croire aux mensonges et calomnies de ces jaloux qui ne veulent pas que le Mali avance et qui ne font que casser le sucre sur le dos des honnêtes et dévoués citoyens. Ces artistes et certains de vos confrères m'en veulent parce je refuse de jouer leur jeu. Ils ne sont pas plus patriotes que moi. J'ai investi plus 170 millions FCFA (260.000,00 €) au Mali s'en tirer aucun profit parce que j'aime mon pays. J'ai engagé des gens dans mon Espace culturel, le "Moffou", qui ne me rapporte rien. Mais je les paye parce que c'est ma modeste contribution à la résorption du chômage. Je défie quiconque de prouver qu'il est plus patriote que Salif Kéita. De 1963 à 2003 je n'ai eu que du succès. Et certains sont jaloux de cela et allergiques à mon nom. Ils m'en veulent parce que je refuse d'entrer dans leurs combines pouvant ternir l'image de mon pays, parce que je refuse de cautionner la médiocrité. Je demande aux autorités de me saisir directement chaque fois qu'elles ont besoin de moi et de ne plus passer par des intermédiaires.

Ne pensez-vous pas que votre engagement, votre franc-parler dérange beaucoup de chose gens ?
Dieu merci, mon talent me permet de vivre décemment et de ne courber l'échine devant personne. On ne peut pas me corrompre ni me manipuler. C'est ce qui dérange mes détracteurs qui ne peuvent avoir d'autres arguments contre moi. Je ne demande qu'à servir le Mali sans exiger quoi que ce soit. La preuve, pendant les dix ans d'Alpha Oumar Konaré Koulouba, le gouvernement a débloqué 200 millions de FCFA (305.000,00 €) par an pour la promotion culturelle. Ce qui fait 2 milliards de F CFA (3.049.000,00 €) , sur les dix ans, sur lesquels je n'ai touché pas un rond comme subvention. Mais, cela ne m'a pas empêché d'investir au Mali. Je suis écarté de beaucoup d'événements à cause des préjugés véhiculés par mes détracteurs. J'ai envie de contribuer au développement. Mais, il faut qu'on m'en donne l'opportunité.

On est étonné que, face à tant d'acharnement contre vous, vous n'ayez pas baissé les bras comme beaucoup d'autres ?
Jamais je ne baisserai les bras parce que c'est ce que mes ennemis veulent. Se battre pour le développement du Mali doit être un devoir pour chaque Malien. Quels que soient les mauvais caractères d'une maman, on ne peut pas et on ne doit pas la renier. Et ce qu'on doit à une maman, on le doit aussi à sa patrie. L'intérêt du pays est celui de la mère, donc ton intérêt. On doit donc mettre la patrie avant tout. Mais, aujourd'hui, c'est le contraire qui est fréquent. Je suis fier d'être Malien parce que je dois tout aux Maliens. Rien ne pourra m'empêcher de m'investir pour ce pays. Même si on ne me le reconnaît pas aujourd'hui, je sais qu'un jour on me le reconnaîtra. J'en suis sûr.

Que pensez-vous réellement de la Biennale ?
C'est une très bonne initiative. La Biennale a contribué à la formation de beaucoup d'artistes du pays. Elle est l'une des manifestations qui font qu'aujourd'hui le Mali à une très grande notoriété artistique et culturelle à travers le monde.

Moffou est comme un album de rupture dans votre carrière. Qu'est-ce qui explique ce choix ?
Chaque album d'un artiste doit être un univers à découvrir. Je n'ai jamais voulu que mes albums se ressemblent. Cela est un signe de politesse à l'égard des mélomanes. On ne peut donc pas offrir le même menu à ses fans. Ce n'est pas respectueux

Moffou apparaît également comme une volonté de s'affranchir des contraintes du World music ?
World musique est un concept commercial qui "ghettoïse" toutes les musiques qui ne sont pas des normes occidentales. Les Africains ne font-ils pas le blues, le jazz, le rock, ...comme tout le monde ? La particularité de Moffou est que, par rapport aux précédents albums, je ne revendique rien. Parce qu'il y avait tellement de problèmes dans le monde et nos sociétés étaient éprouvées par les maladies, la famine, la pauvreté et les guerres, etc. Il était donc inutile d'attirer l'attention sur quoi que ce soit. Je n'ai donc parlé que d'amour. Amour entre époux, frères, amis, amants... Parce que, pour moi, l'amour est le remède de tous les maux qui affectent notre société. Les corrompus et les délinquants financiers n'ont pas l'amour de leur patrie.

Moffou n'est pas seulement un album acoustique, il est très romantique. Est-ce à l'image de l'artiste ?
Je suis romantique. Parce que j'ai mis de côté les revendications sociales et politiques. Malgré les difficultés, je suis resté optimiste. Il est évident qu'il y a une part d'idéalisme donc de romantisme dans cet optimisme. Et je trouve que le romantisme est également une forme d'engagement

De 1963 à maintenant, qu'est ce qui a changé dans votre perception de la musique ?
Ma culture musicale s'est beaucoup enrichie. J'ai acquis beaucoup d'expérience. J'ai rencontré beaucoup de musiciens de cultures différentes à travers le monde. De 1969 à 1973, j'ai fait le Rail Band très ouvert aux différentes influences musicales comme la salsa. J'ai ensuite été sociétaire des Ambassadeurs de 1973 à 1978. Ce qui a été une expérience spécifique. J'ai alors pris conscience que, pour un musicien autodidacte, la seule façon de s'améliorer, c'est d'aller à la rencontre d'autres cultures, d'autres musiciens et de travailler avec eux afin de partager leurs expériences. C'est ainsi qu'on se cultive et c'est ce que j'ai fait toute ma carrière.

Que pensez-vous de la musique malienne ?
Elle est aujourd'hui d'une très grande notoriété dans le monde. Mais, cela à aussi un impact négatif parce que nos musiciens perdent de plus en plus leur originalité. Ils ont tendance à se laisser submerger par d'autres concepts. Il est intéressant et enrichissant de s'ouvrir à d'autres influences, mais, il ne faut pas perdre pour autant son authenticité. Plus nous sommes authentiques, plus nous aurons de la valeur. Une originalité qui fait que la musique malienne est l'une des mieux cotées dans le monde. C'est à nous de nous battre pour mieux mériter cette place. On peut rester Roots et faire danser les gens. Je pense qu'une musique trop sophistiquée est comme une femme noire qui se dépigmente : elle est... dégueulasse !
A SUIVRE…

C'est vendredi dernier qu'a débuté la tournée autonome 2003 de la Dame du Bélédougou RokiaTraoré. Cette tournée européenne, qui s'étale sur 45 jours, sillonnera dans un premier temps l'Europe dans sa partie occidentale. C'est la ville italienne de Turin qui a accueilli la 1ere étape de cette caravane le samedi 4 octobre dernier. Selon les échos qui nous sont arrivés de l'Italie, Turin a réservé un accueil chaleureux à notre "Rose" et ses compagnons qui ont profité pour présenter leur nouvel album "Bowboï" (au Mali) et "Bowmboï" à l'international.

C'est le samedi prochain que Habib Koité et son groupe prendront le départ pour leur tournée australienne. De source proche de leur maison édition, il s'agit là d'aller conquérir le marché australien qui ne connaît pas très bien le meilleur artiste ouest africain.
La conquête australienne passera par Paris où ils feront une escale de quarante huit heures à Paris. Au retour, L'enfant du Khaso qui a participe à la réalisation d'un disque (un instrumental) en compagnie d'un hollandais et d'un sud africain, s'arrêtera en Europe pour quelques date de promotion de ce chef d'œuvre.

Mention bien à Amadou Kodio et à toute son équipe, Maxi vacances est à arrivé à bon port jeudi dernier au palais de la culture de Bamako. Le groupe Empire Vocal a enlevé le premier du concours de chant, le trophée du meilleur groupe chorégraphie est allé au Sunlight de Bamako Coura. Vivement l'édition 2004.

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