Un
"Maxivacancier" au Studio Bogolan
Le lauréat du concours de chant de l'émission "Maxi
Vacances 2003", Empire Vocal, est
en studio pour la réalisation d'un single produit par Nescafé.
Nous espérons que notre ami Amadou Kodio s'impliquera davantage
afin de permettre à tous ses futurs lauréats d'être
produits par une structure de production.
"Le cheval blanc" reprend son galop
Salif Kéita et
son groupe se sont envolés le 30 septembre dernier pour Saint
Denis de la Réunion où ils se sont produits en concert
le vendredi 3 et le samedi 4 octobre 2003. Ces concerts, à
n'en à pas douter, ont été un véritable
triomphe. Ils ont par la suite ralié le vieux continent où
ils ont entamé une tournée qui les conduira en Allemagne,
en France, en Italie, en Suède, en Finlande et en Grande Bretagne.
Le groupe reviendra à Bamako à la mi-novembre 2003.
Opération de charme
Le Bureau malien de droits d'auteur (BUMDA) a procédé,
au début de ce mois, à une opération de séduction
en allant saisir les cassettes piratées. Une opération
qui s'est déroulée aux alentours du marché Dabanani.
Selon les échos qui nous sont arrivés, cinq revendeurs
imprudents qui ont voulu s'opposer aux forces de l'ordre ont été
conduits devants le commissaire du 1er arrondissement de Bamako, Amy
Kane, réputée pour sa fermeté. Une opération
de charme du BUMDA à laquelle il fallait s'attendre suite aux
invectives du ministre de la culture, Cheick
OUmar Sissoko. Mais, le bureau sait pertinemment que de telles
opérations opportunistes ont montré leurs limites dans
la lutte contre la piraterie. On s'attendait donc qu'il dépasse
cette phase pour réellement engager des opérations d'envergure.
Mieux, il est temps d'instituer un moratoire sur l'importation des
supports vièrges dans le pays parce c'est par cette brèche
que s'engouffrent les sangsues pour aggraver la gangrène. Les
Maliens, les artistes particulièrement, ne sont plus dupes
de ce genre de bluff !
Salif
Keita, Star de la musique (suite)
Après avoir exposé les raisons de sa non participation
à la dernière édition de la biennale artistique
et culturelle du Mali, dans la première partie de cet entretien,
Salif Kéita nous livre ici ses points de vue sur la promotion
de la femme, la contribution de ses sœurs artistes et cantatrices
dans la notoriété artistique et culturelle du Mali,
ses choix politiques et ses projets.
Mag: Vous êtes très engagé en faveur
de la promotion de la femme. Qu'est-ce qui motive cet engagement ?
Salif :
La femme est la première créature à féliciter.
D'abord, elle accepte de souffrir pendant neuf mois afin de donner
naissance. Elle peut pourtant s'y soustraire en avortant. Elle se
sacrifie, ensuite pendant 12 à 15 ans pour permettre à
l'enfant de découvrir la vie, de s'épanouir. Et pourtant,
certains enfants ne leur reconnaissent pas cela. La femme est l'existence.
Aujourd'hui, le monde compte six milliards de personnes. Mais, sans
la femme, l'existence humaine ce serait limité peut-être
à Adam. L'humanité doit tout à la femme.
Est-ce que la société malienne reconnaît
encore ce rôle à la femme ?
Je pense que si on leur fait davantage confiance, les Maliennes peuvent
être le pilier de notre développement. Mon souhait est
qu'une femme se présente à l'élection présidentielle.
Je serais le premier qui va la soutenir. Il est regrettable que la
première à le faire ne soit pas allée au bout
de son initiative. De la manière où une femme aime ses
enfants, elle ne peut qu'être juste entre les citoyens. Et il
est établi que la femme gère mieux que l'homme.
On vous taxe souvent d'homme à femmes. Qu'en dites
vous ?
J'aime les femmes ! J'adore les femmes parce que je n'ai pas encore
goûté les hommes. Le jour où un gay va réussir
à me convaincre à le goûter et que je le découvre
plus doux qu'une femme, je vais alors me reconvertir. Les médisants
qui me détestent m'attribuent de nombreuses aventures et maîtresses.
Mais, aujourd'hui, les maisons de passe fourmillent à Bamako.
Et elles marchent plus que les hôtels. Salif
Kéita n'y va jamais. Alors qui sont leurs clients ?
A propos de candidature à la présidence
de la République, pourquoi avez-vous soutenue celle d'ATT (Amadou
Toumani Touré Président de la République du Mali)
en 2002 ?
ATT est un patriote sans lequel le Mali serait dans une situation
pire que celle que nous vivons aujourd'hui. C'est un leader qui a
fait ses preuves. Il n'a pas brigué la magistrature suprême
pour s'enrichir. Sa valeur, ses compétences et son intégrité
morale sont unanimement reconnues à travers le monde. Il n'a
donc pas besoin d'être président de la République
pour bien vivre. Il a eu assez d'opportunités d'exercer des
fonctions plus prestigieuses que celle de chef de l'Etat. Mais, il
a toujours mis son pays au-dessus de ses propres intérêts.
La Fondation pour l'Enfance a fait mieux que certains régimes
de ce pays. Parce qu'elle a eu des initiatives concrètes de
lutte contre la pauvreté. L'éradication de la dracunculose
est l'une des grandes victoires de la Fondation pour l'Enfance. C'est
un homme que j'ai connu avant le 26 mars 1991. Je suis convaincu de
la noblesse de ses ambitions politiques comme d'ailleurs la majorité
des Maliens. C'est pourquoi il est à Koulouba aujourd'hui.
Est-ce-que les femmes artistes ont contribué à
cette notoriété ?
Dans cette notoriété, les artistes maliennes se sont
battues pour sauvegarder deux valeurs. La première est la place
de la Malienne dans sa société. Une place très
importante que nos sœurs artistes continuent à sauvegarder.
Elles ont aussi prouvé que des femmes pouvaient contribuer
à donner une meilleure image au pays à travers la promotion
artistique et culturelle. Elles ont une part importante dans le rayonnement
culturel du Mali.
Il faut aussi ajouter que nos cantatrices ont beaucoup contribué
à la transmission de notre histoire de génération
en génération.
Sauvegarder l'actuelle notoriété pose une
question de relève. Aujourd'hui, les jeunes se heurtent à
des difficultés de production et de promotion. Quel appui pouvez-vous
leur apporter ?
C'est avec l'ambition de faciliter la production et
la promotion aux jeunes talents que j'ai créé Wanda
Records il y a plus d'une dizaine d'années. Mais, cette structure
n'est pas encore à la hauteur de mes attentes parce qu'on ne
m'a pas facilité la tâche. On a tout fait pour me casser
afin que je me casse d'ici parce que j'ai horreur de la médiocrité
et de la malhonnêteté. La grande majorité des
producteurs du Mali sont des pirates qui font tout pour détruire
tous ceux qui refusent de jouer leur jeu. Ils se sont ligués
contre moi en me dénigrant. Ces gens qui passent leur temps
à la prière dans les mosquées ne sont que des
médisants et des négriers qui exploitent leurs artistes.
Quand les artistes, les populations et les autorités du Mali
sauront, qui ils sont réellement, ce serait un début
de solution à la piraterie. En ce moment des structures sérieuses
pourront tirer leur épingle du jeu en assurant la production
et la promotion des jeunes talents. Et je vais continuer à
me battre pour que cela soit une réalité.
La réalisation de l'Espace culture Moffou à
Kalabancoro est-elle une concrétisation de cette volonté
de se battre pour le rayonnement culturel du Mali ?
Evidemment ! Je vous ai dit au début de cet entretien
que je ne me laisserai jamais abattre. Et rien ne pourra m'empêcher
d'apporter ma modeste contribution à la construction du Mali.
Moffou vise à favoriser les échanges culturels. Les
artistes étrangers, de passage, peuvent y rencontrer leurs
collègues maliens. Cela va permettre de promouvoir la musique
malienne ici et de mieux l'exporter. C'est ainsi qu'en janvier prochain,
j'ai carte blanche à la Maison de la musique à Paris,
où je fais ce que je veux et j'y invite qui je veux, pour amener
des jeunes artistes à s'y produire et rencontrer la presse
internationale. Il s'agit entre autres de Fati
Kouyaté, des jeunes rappeurs et Alpha
Diakité qui est le fils de mon regretté ami Sambou
Diakité.
Sur Moffou, vous avez réalisé un superbe
duo avec Cesaria Evora (Yamore). Peut-on
s'attendre à une pareille expérience avec des artistes
ou cantatrices comme Kandia
Kouyaté, Rokia
Traoré, Djénéba
Seck ou Oumou Sangaré
?
Je ne l'exclu pas parce que je suis toujours ouvert à ce genre
d'expériences. Malheureusement, la politique des producteurs
maliens a toujours été de diviser les artistes afin
de mieux les exploiter. Ils n'encouragent personne à m'approcher
de peur que je ne les révolte contre eux. Et les artistes,
en majorité des analphabètes, ne savent pas situer leurs
intérêts. C'est pourquoi ces pirates réussissent
à nous diviser. Je suis sûr qu'unis, nous pouvons réussir
de merveilleuses et surprenantes choses qui vont davantage rehausser
l'image artistique et culturelle du Mali. Ce que je viens de réussir
avec Mariétou Diabaté et
Lassy (King
Lassy Masasy, NDLR) n'est qu'un avant-goût de ce que les
artistes maliens peuvent réaliser dans l'unité.
Des projets dans l'immédiat ?
Qui, j'ai plein de projets mais je me garderais de les révéler
parce j'ai constaté qu'ici une fois tu as une bonne initiative
on se précipite pour se l'approprier. Même la presse
n'échappe pas à cette piraterie intellectuelle. Je préfère
donc me taire sur mes projets. J'entreprends à partir de ce
début octobre une tournée internationale d'un mois.
A quand un prochain album ?
Je l'envisage entre fin 2004 et début 2005.
Votre mot de la fin ?
Salif : J'aime le Mali et j'adore mes fans à qui je souhaite
beaucoup de courage pour contribuer au développement du pays.
Tant qu'ils me soutiendront, je serais là et je ne vais jamais
me lasser de leur concocter des belles mélodies. Avec leur
soutien, je vais me battre pour l'épanouissement du Mali. Un
patriote n'a pas besoin d'une quelconque reconnaissance pour se mettre
au service du pays parce qu'il est conscient que plus il s'y investit,
plus il s'épanouit.
Propos recueillis par Moussa Bolly