N° 33
13 octobre 2003

Un "Maxivacancier" au Studio Bogolan
Le lauréat du concours de chant de l'émission "Maxi Vacances 2003", Empire Vocal, est en studio pour la réalisation d'un single produit par Nescafé. Nous espérons que notre ami Amadou Kodio s'impliquera davantage afin de permettre à tous ses futurs lauréats d'être produits par une structure de production.

"Le cheval blanc" reprend son galop

Salif Kéita et son groupe se sont envolés le 30 septembre dernier pour Saint Denis de la Réunion où ils se sont produits en concert le vendredi 3 et le samedi 4 octobre 2003. Ces concerts, à n'en à pas douter, ont été un véritable triomphe. Ils ont par la suite ralié le vieux continent où ils ont entamé une tournée qui les conduira en Allemagne, en France, en Italie, en Suède, en Finlande et en Grande Bretagne. Le groupe reviendra à Bamako à la mi-novembre 2003.

Opération de charme
Le Bureau malien de droits d'auteur (BUMDA) a procédé, au début de ce mois, à une opération de séduction en allant saisir les cassettes piratées. Une opération qui s'est déroulée aux alentours du marché Dabanani. Selon les échos qui nous sont arrivés, cinq revendeurs imprudents qui ont voulu s'opposer aux forces de l'ordre ont été conduits devants le commissaire du 1er arrondissement de Bamako, Amy Kane, réputée pour sa fermeté. Une opération de charme du BUMDA à laquelle il fallait s'attendre suite aux invectives du ministre de la culture, Cheick OUmar Sissoko. Mais, le bureau sait pertinemment que de telles opérations opportunistes ont montré leurs limites dans la lutte contre la piraterie. On s'attendait donc qu'il dépasse cette phase pour réellement engager des opérations d'envergure. Mieux, il est temps d'instituer un moratoire sur l'importation des supports vièrges dans le pays parce c'est par cette brèche que s'engouffrent les sangsues pour aggraver la gangrène. Les Maliens, les artistes particulièrement, ne sont plus dupes de ce genre de bluff !

Salif Keita, Star de la musique (suite)
Après avoir exposé les raisons de sa non participation à la dernière édition de la biennale artistique et culturelle du Mali, dans la première partie de cet entretien, Salif Kéita nous livre ici ses points de vue sur la promotion de la femme, la contribution de ses sœurs artistes et cantatrices dans la notoriété artistique et culturelle du Mali, ses choix politiques et ses projets.

Mag: Vous êtes très engagé en faveur de la promotion de la femme. Qu'est-ce qui motive cet engagement ?
Salif : La femme est la première créature à féliciter. D'abord, elle accepte de souffrir pendant neuf mois afin de donner naissance. Elle peut pourtant s'y soustraire en avortant. Elle se sacrifie, ensuite pendant 12 à 15 ans pour permettre à l'enfant de découvrir la vie, de s'épanouir. Et pourtant, certains enfants ne leur reconnaissent pas cela. La femme est l'existence. Aujourd'hui, le monde compte six milliards de personnes. Mais, sans la femme, l'existence humaine ce serait limité peut-être à Adam. L'humanité doit tout à la femme.

Est-ce que la société malienne reconnaît encore ce rôle à la femme ?
Je pense que si on leur fait davantage confiance, les Maliennes peuvent être le pilier de notre développement. Mon souhait est qu'une femme se présente à l'élection présidentielle. Je serais le premier qui va la soutenir. Il est regrettable que la première à le faire ne soit pas allée au bout de son initiative. De la manière où une femme aime ses enfants, elle ne peut qu'être juste entre les citoyens. Et il est établi que la femme gère mieux que l'homme.

On vous taxe souvent d'homme à femmes. Qu'en dites vous ?
J'aime les femmes ! J'adore les femmes parce que je n'ai pas encore goûté les hommes. Le jour où un gay va réussir à me convaincre à le goûter et que je le découvre plus doux qu'une femme, je vais alors me reconvertir. Les médisants qui me détestent m'attribuent de nombreuses aventures et maîtresses. Mais, aujourd'hui, les maisons de passe fourmillent à Bamako. Et elles marchent plus que les hôtels. Salif Kéita n'y va jamais. Alors qui sont leurs clients ?

A propos de candidature à la présidence de la République, pourquoi avez-vous soutenue celle d'ATT (Amadou Toumani Touré Président de la République du Mali) en 2002 ?
ATT est un patriote sans lequel le Mali serait dans une situation pire que celle que nous vivons aujourd'hui. C'est un leader qui a fait ses preuves. Il n'a pas brigué la magistrature suprême pour s'enrichir. Sa valeur, ses compétences et son intégrité morale sont unanimement reconnues à travers le monde. Il n'a donc pas besoin d'être président de la République pour bien vivre. Il a eu assez d'opportunités d'exercer des fonctions plus prestigieuses que celle de chef de l'Etat. Mais, il a toujours mis son pays au-dessus de ses propres intérêts. La Fondation pour l'Enfance a fait mieux que certains régimes de ce pays. Parce qu'elle a eu des initiatives concrètes de lutte contre la pauvreté. L'éradication de la dracunculose est l'une des grandes victoires de la Fondation pour l'Enfance. C'est un homme que j'ai connu avant le 26 mars 1991. Je suis convaincu de la noblesse de ses ambitions politiques comme d'ailleurs la majorité des Maliens. C'est pourquoi il est à Koulouba aujourd'hui.

Est-ce-que les femmes artistes ont contribué à cette notoriété ?
Dans cette notoriété, les artistes maliennes se sont battues pour sauvegarder deux valeurs. La première est la place de la Malienne dans sa société. Une place très importante que nos sœurs artistes continuent à sauvegarder. Elles ont aussi prouvé que des femmes pouvaient contribuer à donner une meilleure image au pays à travers la promotion artistique et culturelle. Elles ont une part importante dans le rayonnement culturel du Mali.
Il faut aussi ajouter que nos cantatrices ont beaucoup contribué à la transmission de notre histoire de génération en génération.

Sauvegarder l'actuelle notoriété pose une question de relève. Aujourd'hui, les jeunes se heurtent à des difficultés de production et de promotion. Quel appui pouvez-vous leur apporter ?
C'est avec l'ambition de faciliter la production et la promotion aux jeunes talents que j'ai créé Wanda Records il y a plus d'une dizaine d'années. Mais, cette structure n'est pas encore à la hauteur de mes attentes parce qu'on ne m'a pas facilité la tâche. On a tout fait pour me casser afin que je me casse d'ici parce que j'ai horreur de la médiocrité et de la malhonnêteté. La grande majorité des producteurs du Mali sont des pirates qui font tout pour détruire tous ceux qui refusent de jouer leur jeu. Ils se sont ligués contre moi en me dénigrant. Ces gens qui passent leur temps à la prière dans les mosquées ne sont que des médisants et des négriers qui exploitent leurs artistes. Quand les artistes, les populations et les autorités du Mali sauront, qui ils sont réellement, ce serait un début de solution à la piraterie. En ce moment des structures sérieuses pourront tirer leur épingle du jeu en assurant la production et la promotion des jeunes talents. Et je vais continuer à me battre pour que cela soit une réalité.

La réalisation de l'Espace culture Moffou à Kalabancoro est-elle une concrétisation de cette volonté de se battre pour le rayonnement culturel du Mali ?
Evidemment ! Je vous ai dit au début de cet entretien que je ne me laisserai jamais abattre. Et rien ne pourra m'empêcher d'apporter ma modeste contribution à la construction du Mali. Moffou vise à favoriser les échanges culturels. Les artistes étrangers, de passage, peuvent y rencontrer leurs collègues maliens. Cela va permettre de promouvoir la musique malienne ici et de mieux l'exporter. C'est ainsi qu'en janvier prochain, j'ai carte blanche à la Maison de la musique à Paris, où je fais ce que je veux et j'y invite qui je veux, pour amener des jeunes artistes à s'y produire et rencontrer la presse internationale. Il s'agit entre autres de Fati Kouyaté, des jeunes rappeurs et Alpha Diakité qui est le fils de mon regretté ami Sambou Diakité.

Sur Moffou, vous avez réalisé un superbe duo avec Cesaria Evora (Yamore). Peut-on s'attendre à une pareille expérience avec des artistes ou cantatrices comme Kandia Kouyaté, Rokia Traoré, Djénéba Seck ou Oumou Sangaré ?
Je ne l'exclu pas parce que je suis toujours ouvert à ce genre d'expériences. Malheureusement, la politique des producteurs maliens a toujours été de diviser les artistes afin de mieux les exploiter. Ils n'encouragent personne à m'approcher de peur que je ne les révolte contre eux. Et les artistes, en majorité des analphabètes, ne savent pas situer leurs intérêts. C'est pourquoi ces pirates réussissent à nous diviser. Je suis sûr qu'unis, nous pouvons réussir de merveilleuses et surprenantes choses qui vont davantage rehausser l'image artistique et culturelle du Mali. Ce que je viens de réussir avec Mariétou Diabaté et Lassy (King Lassy Masasy, NDLR) n'est qu'un avant-goût de ce que les artistes maliens peuvent réaliser dans l'unité.

Des projets dans l'immédiat ?
Qui, j'ai plein de projets mais je me garderais de les révéler parce j'ai constaté qu'ici une fois tu as une bonne initiative on se précipite pour se l'approprier. Même la presse n'échappe pas à cette piraterie intellectuelle. Je préfère donc me taire sur mes projets. J'entreprends à partir de ce début octobre une tournée internationale d'un mois.

A quand un prochain album ?
Je l'envisage entre fin 2004 et début 2005.

Votre mot de la fin ?
Salif : J'aime le Mali et j'adore mes fans à qui je souhaite beaucoup de courage pour contribuer au développement du pays. Tant qu'ils me soutiendront, je serais là et je ne vais jamais me lasser de leur concocter des belles mélodies. Avec leur soutien, je vais me battre pour l'épanouissement du Mali. Un patriote n'a pas besoin d'une quelconque reconnaissance pour se mettre au service du pays parce qu'il est conscient que plus il s'y investit, plus il s'épanouit.

Propos recueillis par Moussa Bolly

Les meilleures ventes de l'année 2003 au Mali
A
Artiste Album
AA
   
Artiste
Album
AA
01
Seydou Camara Mali Den
A
06
Madou Camara & Mah Kouyaté  
02
Mamou Sidibé
Foulbé
 
07
Salif Keïta
Moffou  
03
Tata Diakité Hommage (Best Of)
 
08
Djos Samaké
Filaw
04
Kon Kan Ko Sata
Moussouw
 
09
Rokia Traoré
Bowboï
05
Idrissa Soumaoro
Koté
 
10
Amy Koïta
Africawe