26 Juillet 2004

Daouda Sidibé, Artiste
«Je suis revenu reconquérir la scène malienne»

Excellent joueur de kamelen n’goni, auteur, compositeur et interprète, Daouda Sidibé est installé en Côte d’Ivoire depuis plus d’une décennie. Mais, depuis quelques semaines, il est de retour au bercail. Dans cet entretien, il situe l’objet de ce séjour, retrace les grandes lignes de sa carrière et s’indigne de la piraterie qui est une menace pour ses projets.
Interview !

Le Mag : Pourquoi êtes vous revenu au pays ?
Daouda Sidibé: Je suis revenu au Mali pour relancer la promotion de mes albums. J’en ai déjà quatre sur le marché. Il s’agit de «Gnanafing» (Nostalgie, 1996), «Selen Konoba», «Didadi» et de «Bamoye». Certes il y a eu des campagnes de promotion à la sortie de ces albums, mais ils n’ont pas été soutenus par de clips. Certains clips produits à cet effet n’ont pas pu être diffusés au Mali. Avec Mali K7, qui est le partenaire de ma maison de production, nous allons relancer ces œuvres grâce à une campagne médiatique soutenue et à la réalisation de clips. Aujourd’hui, mon ambition est de m’imposer sur la scène musicale malienne. C’est en conquérant que je suis revenu au bercail.
-Pouvez-vous nous retracer les grandes lignes de votre carrière ?
D.S: Je suis tailleur de profession. Je m’étais spécialisé dans la couture féminine et, de 1982 à 1985, j’avais mon atelier à Niaréla. J’ai commencé à jouer au kamalen n’goni en 1980. C’est la passion qui m’a conduit à cet instrument très populaire dans le Wassoulou d’où je suis originaire. A mes débuts, je jouais pour mon propre plaisir. Et, les gens ont très vite apprécié ma musique. C'est ainsi que j’étais invité à des cérémonies de mariage et à d’autres manifestations artistiques et culturelles. Le soutien inconditionnel de mes fans s'ajoutant aux multiples expériences musicales vécues ici et là m’ont poussé à me perfectionner. Le résultat est là aujourd'hui (4 albums sur le marché), même s'il n'est pas une fin en soi, il me permet de mesurer le chemin parcouru. J’ai également constitué un orchestre, «Selen Konoba».
-Avez-vous déjà travaillé avec des artistes connus ?
D.S: Vous savez, un instrumentiste qui cherche constamment à s'améliorer est toujours sollicité par ses pairs. J’ai eu à travailler avec Amy Koïta sur son album «Sarama» (2000). J’ai également travaillé avec Alpha Blondy, Aïcha Koné, Doussou Bagayogo, etc.
-Qu’est-ce qui vous a amené en Côte d’Ivoire ?
D.S: Nous avions été invités à un mariage à Abidjan en 1990. Nous devions revenir dès la fin de la cérémonie. Mais, des promoteurs m’ont retenu par des contrats. J’ai ainsi animé des concerts pendant sept mois. Ils ont tout fait pour que je ne revienne plus au bercail. Finalement, je me suis marié et installé à Abidjan.
-Quelles sont les difficultés que les Maliens rencontrent en Côte d’Ivoire ?
D.S: Personne n’ignore la situation de la Côte d’Ivoire depuis la mort de Félix Houphouët-Boigny. Ce sont les étrangers qui font particulièrement les frais de cette crise sociopolitique. Il n’est plus bon être Dioula dans ce pays, à plus forte raison Malien ou Burkinabé. A part cela, les artistes maliens n’ont pas de difficultés particulières. Seulement nous sommes souvent confrontés au problème de payement de nos droits d’auteur. Il faut une autorisation du Bureau malien des droits d’auteur (BUMDA) pour que nous puissions percevoir nos droits en Côte d’Ivoire. Cela prend souvent du temps.
-Qu’est-ce que la musique vous a apporté dans la vie ?
D.S: Dieu merci ! Je ne me plains pas. Certes, je n’ai pas encore fait fortune dans la musique, mais je parviens à subvenir à mes besoins. J’ai aussi pu nouer beaucoup de relations qui me permettent aujourd’hui d’évoluer dans ma carrière.
-Est-ce que la piraterie a la même ampleur au Mali qu’en Côte d’Ivoire ?
D.S: La piraterie existe partout. La Côte d’Ivoire ne fait pas exception à la règle. Seulement, la piraterie n’a pas la même ampleur au Mali qu’en Côte d’Ivoire où elle est vigoureusement combattue par les autorités. Les pirates s’y cachent pour vendre leurs produits. Alors qu’au Mali, c’est au grand jour qu’ils écoulent les produits piratés comme s’ils exerçaient une activité légale. Cela est inadmissible. Les artistes ne peuvent que se plaindre, prendre l’opinion à témoin sur leur misère. Mais, c’est aux autorités de réprimer ce vol organisé. On dit que le couteau a beau être tranchant, il ne peut pas se couper lui-même. De la même manière, les artistes ont beau avoir le talent et le succès, ils ne peuvent pas se protéger contre certains fléaux comme la piraterie. Ils ont droit à la protection des autorités tout comme les autres citoyens. Et il est temps d’agir car la piraterie a pris une ampleur révoltante au Mali.
-Avez-vous des projets à cœur ?
D.S: Si je réussis à relancer mes œuvres sur le marché malien, je vais entrer au studio pour un nouvel album. Je ne peux pas vous dire quand, mais cela ne saurait tarder. Je suis très avancé dans ce projet car j’ai déjà composé assez de chansons.
Propos recueillis
Par King Moseto

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