13 Septembre 2004

Après un mois de vacances bien mérités, votre Magazine d’informations générales sur la musique reprend du service. Dans ce numéro, nous avons voulu faire un gros plan sur celui qui a parcouru le monde entier pour la promotion de la musique africaine. Il s’agit de Boncana Maiga. Dans notre prochaine livraison nous ferons un clin d’œil à Djénéba Seck qui nous arrive avec un nouvel album intitulé « Tigné » (la vrité). Vous aurez toute la vérité sur Djénèba Seck avant son voyage sur la France où elle est invitée par nos compatriotes à l’occasion de la fête anniversaire du 22 septembre 2004. Bonne lecture


BONCANA MAIGA, COMPOSITEUR/ARRANGEUR
Le rêve d’un orchestre symphonique africain


«Ecrire un concerto africain» ! Voilà ce dont rêve aujourd’hui le maestro Boncana Maïga. Une ambition qui tient à cœur à celui qui est considéré par les critiques de musique comme l’un des meilleurs arrangeurs africains ou, du moins, le plus célèbre. Ce compatriote fut en tout cas l’un des premiers Africains à faire ses études à Cuba, dans les années 60, où il aura appris en dix ans de conservatoire à écrire et à lire la musique. Et cela à une époque où l’Afrique était quasiment analphabète en la matière.
C’est cette expérience qu’il souhaite aujourd’hui mettre au service du Mali et du continent en mettant la musique africaine sur partition pour une œuvre symphonique. «Mon rêve est de créer un orchestre symphonique africain, c’est-à-dire mettre en valeur la musique africaine de manière symphonique, comme un concerto de Mozart. Mon souhait est que les gens viennent s’asseoir pour écouter la musique africaine mais sur un tempo qui puisse durer trente à quarante minutes, rien que sur du développement musical avec des instruments uniquement africains. Je connais la musique classique et j’aimerais mettre en pratique ce que j’ai appris pendant dix ans. Il faut développer la musique africaine pour qu’elle soit écrite et conservée, dans un conservatoire ou tout autre lieu de mémoire, pour les prochains siècles et les générations futures», explique le maestro.
Et la réalisation de rêve est comme un devoir voire un défi pour le célèbre auteur/compositeur et arrangeur. «Je fais partie des musiciens qui ont eu la chance d’étudier la musique. Cela m’offre certaines possibilités dans l’écriture musicale et une autre vision de la musique. Je me sens aussi à l’aise dans la salsa, que dans le reggae ou la musique africaine», justifie-t-il dans une interview publiée la semaine dernière sur le site Afrik.com.
Une idée dont la concrétisation ne manquera pas de donner un autre souffle à la musique africaine en pleine stagnation. «La musique africaine stagne. La musique cubaine est un mélange de nos rythmes africains, travaillé scientifiquement. Nous nous sommes peut être dit que nous avions ça dans le sang et nous nous sommes reposés sur nos lauriers. Tout ce que les Cubains font nous l’avons en Afrique. Mais, les choses changent. Il existe, heureusement, dans la génération actuelle, de nombreux artistes africains qui savent lire la musique. L’Afrique n’est plus analphabète dans ce domaine», analyse le prodige qui est la base du succès actuel des artistes comme Aïcha Koné, Hadja Soumano, Aïcha Kamaldine...
Boncana n’hésite pas à enfoncer le clou. «Si on prend l’exemple de la musique congolaise, qui est très symptomatique, je trouve qu’il est dommage que nous n’ayons plus cette génération de musiciens comme ceux de l’African Jazz de Tabu Ley et de Franco, qui faisait rêver et danser les Congolais. Dans la production actuelle, cela me gêne de voir de grands chanteurs qui refusent de chanter. Ils font plus du «spectacle-musique » que de la chanson. Il y a beaucoup de caisse claire et d’animations. Beaucoup d’animateurs sont des vedettes qui ne savent pas chanter. Mais, il y a des gens qui aiment cette musique d’ambiance. Si je ne partage pas cette vision de la musique, je respecte le travail de chacun», dit-il avec respect et tolérance.
La réalisation de ce rêve n’est pas au-dessus de la classe de Boncana Maïga déjà initiateur d’autres concepts comme Africando. «J’ai créé Africando en 1992. Après Cuba, j’ai laissé tomber la salsa, je voulais travailler dans la musique africaine. Mais, je voulais développer un concept musical basé sur des musiciens africains qui savaient chanter la salsa. Je voulais remettre dans le circuit ceux qui chantaient la salsa pendant les années de l’indépendance et qui avaient été écartés par les autres musiques à la mode, comme le zouk. L’idée était de les faire chanter dans leur langue pour faire de la musique cubaine (la salsa est une appellation un peu trop restrictive) et que je leur donne la base des arrangements. Je n’ai fait qu’appliquer ce que j’ai appris à Cuba». Avec son expérience, il est aisé pour Boncana de comparer la salsa cubaine à l’Africaine. «Il y a beaucoup d’Africains qui font de la salsa africaine qui ne marche pas aux Etats-Unis, sauf Africando, à ma connaissance. Parce que les Cubains ont ce qu’on appelle le contretemps dans la manière de jouer la basse par rapport au piano. Et c’est ce contretemps là qui fait danser les Latino-américains, pour ne pas dire les Cubains. Il faut vivre dans ces pays pour comprendre ces temps-là. Ailleurs, on pense que la musique cubaine se joue avec une cloche, un piano et puis c’est tout. Alors qu’il y a des règles».
A la nouvelle génération, le «Vieux singe» conseille d’apprendre à grimacer de leur manière et non à singer avant de se lancer à l’assaut du show biz. «Il faut pouvoir vivre de son art quand on a 20 ans et vivre de son art quand on a 70 ans. Les gens pensent que la musique est une porte de sortie quand on a échoué dans les études. La musique est un métier comme la médecine ou l’agronomie. Et quand on apprend bien son art on peut vivre de son métier. C’est ce que je peux donner comme conseil à chacun». Un sage conseil d’un éminent aîné de l’arène musicale.
King Moseto