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Septembre 2004
Après
un mois de vacances bien mérités, votre Magazine d’informations
générales sur la musique reprend du service. Dans ce numéro,
nous avons voulu faire un gros plan sur celui qui a parcouru le monde
entier pour la promotion de la musique africaine. Il s’agit de
Boncana Maiga. Dans notre prochaine livraison nous ferons un clin d’œil
à Djénéba Seck qui nous arrive avec un nouvel album
intitulé « Tigné » (la vrité). Vous
aurez toute la vérité sur Djénèba Seck avant
son voyage sur la France où elle est invitée par nos compatriotes
à l’occasion de la fête anniversaire du 22 septembre
2004. Bonne lecture
BONCANA MAIGA, COMPOSITEUR/ARRANGEUR
Le rêve d’un orchestre symphonique africain
«Ecrire un concerto africain» ! Voilà ce
dont rêve aujourd’hui le maestro Boncana
Maïga. Une ambition qui tient à cœur à
celui qui est considéré par les critiques de musique comme
l’un des meilleurs arrangeurs africains ou, du moins, le plus
célèbre. Ce compatriote fut en tout cas l’un des
premiers Africains à faire ses études à Cuba, dans
les années 60, où il aura appris en dix ans de conservatoire
à écrire et à lire la musique. Et cela à
une époque où l’Afrique était quasiment analphabète
en la matière.
C’est cette expérience qu’il souhaite aujourd’hui
mettre au service du Mali et du continent en mettant la musique africaine
sur partition pour une œuvre symphonique. «Mon rêve
est de créer un orchestre symphonique africain, c’est-à-dire
mettre en valeur la musique africaine de manière symphonique,
comme un concerto de Mozart. Mon souhait est que les gens viennent s’asseoir
pour écouter la musique africaine mais sur un tempo qui puisse
durer trente à quarante minutes, rien que sur du développement
musical avec des instruments uniquement africains. Je connais la musique
classique et j’aimerais mettre en pratique ce que j’ai appris
pendant dix ans. Il faut développer la musique africaine pour
qu’elle soit écrite et conservée, dans un conservatoire
ou tout autre lieu de mémoire, pour les prochains siècles
et les générations futures», explique le maestro.
Et la réalisation de rêve est comme un devoir voire un
défi pour le célèbre auteur/compositeur et arrangeur.
«Je fais partie des musiciens qui ont eu la chance d’étudier
la musique. Cela m’offre certaines possibilités dans l’écriture
musicale et une autre vision de la musique. Je me sens aussi à
l’aise dans la salsa, que dans le reggae ou la musique africaine»,
justifie-t-il dans une interview publiée la semaine dernière
sur le site Afrik.com.
Une idée dont la concrétisation ne manquera pas de donner
un autre souffle à la musique africaine en pleine stagnation.
«La musique africaine stagne. La musique cubaine est un mélange
de nos rythmes africains, travaillé scientifiquement. Nous nous
sommes peut être dit que nous avions ça dans le sang et
nous nous sommes reposés sur nos lauriers. Tout ce que les Cubains
font nous l’avons en Afrique. Mais, les choses changent. Il existe,
heureusement, dans la génération actuelle, de nombreux
artistes africains qui savent lire la musique. L’Afrique n’est
plus analphabète dans ce domaine», analyse le prodige
qui est la base du succès actuel des artistes comme Aïcha
Koné, Hadja Soumano, Aïcha Kamaldine...
Boncana n’hésite pas à enfoncer le clou. «Si
on prend l’exemple de la musique congolaise, qui est très
symptomatique, je trouve qu’il est dommage que nous n’ayons
plus cette génération de musiciens comme ceux de l’African
Jazz de Tabu Ley et de Franco, qui faisait rêver et danser les
Congolais. Dans la production actuelle, cela me gêne de voir de
grands chanteurs qui refusent de chanter. Ils font plus du «spectacle-musique
» que de la chanson. Il y a beaucoup de caisse claire et d’animations.
Beaucoup d’animateurs sont des vedettes qui ne savent pas chanter.
Mais, il y a des gens qui aiment cette musique d’ambiance. Si
je ne partage pas cette vision de la musique, je respecte le travail
de chacun», dit-il avec respect et tolérance.
La réalisation de ce rêve n’est pas au-dessus de
la classe de Boncana Maïga déjà initiateur d’autres
concepts comme Africando. «J’ai créé Africando
en 1992. Après Cuba, j’ai laissé tomber la salsa,
je voulais travailler dans la musique africaine. Mais, je voulais développer
un concept musical basé sur des musiciens africains qui savaient
chanter la salsa. Je voulais remettre dans le circuit ceux qui chantaient
la salsa pendant les années de l’indépendance et
qui avaient été écartés par les autres musiques
à la mode, comme le zouk. L’idée était de
les faire chanter dans leur langue pour faire de la musique cubaine
(la salsa est une appellation un peu trop restrictive) et que je leur
donne la base des arrangements. Je n’ai fait qu’appliquer
ce que j’ai appris à Cuba». Avec son expérience,
il est aisé pour Boncana de comparer la salsa cubaine à
l’Africaine. «Il y a beaucoup d’Africains qui
font de la salsa africaine qui ne marche pas aux Etats-Unis, sauf Africando,
à ma connaissance. Parce que les Cubains ont ce qu’on appelle
le contretemps dans la manière de jouer la basse par rapport
au piano. Et c’est ce contretemps là qui fait danser les
Latino-américains, pour ne pas dire les Cubains. Il faut vivre
dans ces pays pour comprendre ces temps-là. Ailleurs, on pense
que la musique cubaine se joue avec une cloche, un piano et puis c’est
tout. Alors qu’il y a des règles».
A la nouvelle génération, le «Vieux singe»
conseille d’apprendre à grimacer de leur manière
et non à singer avant de se lancer à l’assaut du
show biz. «Il faut pouvoir vivre de son art quand on a 20
ans et vivre de son art quand on a 70 ans. Les gens pensent que la musique
est une porte de sortie quand on a échoué dans les études.
La musique est un métier comme la médecine ou l’agronomie.
Et quand on apprend bien son art on peut vivre de son métier.
C’est ce que je peux donner comme conseil à chacun».
Un sage conseil d’un éminent aîné de l’arène
musicale.
King Moseto