01 Novembre 2004

MORY KANTE
Retour à la source acoustique

Après Tamala (Voyageur) en 2002, dont la distribution malienne est assurée par Mali K7, Mory Kanté revient avec un autre album très acoustique : Sabou ! Expression des seuls instruments traditionnels, cet opus permet à l’artiste de se défaire définitivement de l'étiquette "griot rock" parce que jouant désormais la carte de l'acoustique. Les critiques parlent alors d’une «seconde vie». Il est vrai que Mory Kanté revient de loin après le succès de Yéké Yéké dans les années 80.
Sabou ! Cause, source ou raison ? C’est en tout cas le titre du nouvel album de Mory Kanté. Signe particulier ! C’est un opus entièrement concocté à partir des instruments traditionnels. Il est donc plus acoustique que Tamala, le précédent, prémices d’un retour aux sources traditionnelles de son art. «Sabou vient rappeler que même si l'on m'avait surnommé "griot rock", je peux revenir à une esthétique plus proche de la tradition. D'ailleurs, ne l'avais-je pas déjà prouvé quand, en 1991, soit quatre ans après Yéké Yéké, j'avais présenté pour l'inauguration de la Grande Arche de la Défense à Paris un projet symphonique réunissant 130 griots musiciens et vocalistes traditionnels ?», indique-t-il sur RFI.
La volonté de mettre en valeur les immenses potentialités de la musique africaine est toute affichée. «J'ai voulu inventer à partir de la musique traditionnelle africaine, quelque chose d'inédit mais de compréhensible par tout le monde. Parfois, lorsque l'on écoute cet album, on croit entendre des nappes de clavier, alors qu'il n'y en a pas. L'amalgame de tous les instruments traditionnels donne cette impression. C'est comme un peintre qui, n'ayant pas de vert sur sa palette, mélangerait du jaune et du bleu pour en obtenir», commente l’artiste.
Volonté de promotion, mais aussi quête de renaissance sur la scène internationale. Parce que le joueur de kora était tombé dans un grand anonymat après s’être hissé et longtemps maintenu au sommet des hits parades avec Yéké Yéké dans les années 80 et 90. Une épreuve qu’il a su surmonter avec une grande sagesse. «Sur le plan professionnel, il peut y avoir des hauts et des bas. Mais, le bas doit être très instructif, aider à trouver une force. De toute façon, ce n'est déjà pas facile de survivre à la folie d'un succès planétaire, de garder la tête froide. Il faut être sacrément solide. Aussi, quand l'emballement autour de vous se calme, il n'y a pas lieu de se décourager. Je me suis même senti heureux, en paix», estime l’ex-sociétaire du Rail Band de Bamako.
Ce qui se comprend aisément parce que «les griots sont mentalement formés à tout vivre, tout affronter. Comme l'on dit chez nous : la solution est plus vieille que le problème», nous apprend-t-il.
Pour Mory Kanté, «il y a une vie après Yéké Yéké. Même s'il reste mon morceau fétiche, d’ailleurs Leonardo di Caprio a utilisé un remix pour la bande originale du film The Beach en 2000. Actuellement, je n'ai rien à voir avec ce titre. Je peux donner un concert sans même le jouer. Je n'ai pas fait uniquement que cela et Yéké Yéké n'illustre que l'un des aspects de ma démarche qui est la valorisation des instruments traditionnels».
Cette option électrique découlait surtout de la volonté de l’instrumentiste de mettre en valeur son instrument : la kora. «Que l'on apprécie ou pas la direction artistique que j'avais prise, il faut bien admettre que beaucoup de gens, partout, ont découvert alors la kora (la harpe-luth à 21 cordes), instrument des griots, maîtres de la parole et de la mémoire en Afrique de l'Ouest. Toute ma démarche, depuis le départ, a été de tendre vers la communication inter-culturelle et de positionner les instruments africains dans l'arbre de la musique universelle».
Une mission bien accompli car de nos jours, grâce au succès de griot Manding, tout le monde connaît le balafon ou la kora, qui sont parfois intégrés dans des groupes pratiquant une musique de fusion. «Aujourd'hui la musique traditionnelle africaine est reconnue et appréciée dans le monde, alors pour moi, le but est atteint», se satisfait-il. En tout cas après Tamala (Voyageur), le célèbre griot suit allègrement son voyage vers les sources pures de la tradition musicale du Mandé avec Sabou, bientôt distribué au Mali par Mali K7. Aussi n’arrête-t-il pas de surprendre ses fans.
King Moseto

Amadou Guitteye dit You
You nous revient avec un nouvel album "Taama", une auto production qui sera distribuée par les soins de Malik7 SA Ali Farka Touré associée.
Né à la veille des indépendances africaines à Mopti, la Venise malienne, d'une fine corpulence, un visage caché sous un faux air de rasta à cause de ses locks impeccablement entretenu, l’artiste est capable de changer de voix pour imiter des groupes de Hard Rock des années 70 comme Deep Purple, Led Zepplin, d’où son petit nom You.
C'est à l'age de 14 ans que le jeune Amadou Guitteye fit ses premiers pas dans la musique, à Mopti, sa ville natale aux cotés de Koko Dembélé alias Hugues Aufrey, soliste émérite du Kanaga de Mopti et qui embrasse aujourd'hui une carrière solo pleine de promesse. Sa volonté de se battre, sa détermination, sa passion pour la musique et surtout le capital d'expérience accumulé auprès du Kanaga de Mopti ont incité le jeune artiste à s'installer à Bamako, cadre idéal pour l'éclosion des talents et l'épanouissement d'un artiste. Toujours à la recherche constante de sonorités nouvelles et de perfection, You entreprit de fréquenter le groupe Bama saba.
En 2000, il produit son premier album intitulé Mopti. Fort du succès rencontré par l'album Mopti, Amadou Guitteye You produit un second album "Taama" enregistré entre l'Allemagne et le Mali "Taama s'adresse à tous les aventuriers comme moi d'ailleurs, c'est aussi ma petite contribution au développement. Cela fait un moment que je suis parti de Mopti pour Bamako, de Bamako à Paris et de Paris à Cologne. Je mesure le chemin parcouru dans ma vie de nomades…". Oui, l’artiste sait de quoi il parle puisque malgré le succès rencontré par le 1er album, il se démarque progressivement de ce style plus adapté aux normes européennes. Taama tire son inspiration de la musique malienne enrichit au contact d'autres sonorités. Une cadence Takamba ou Peuls avec une pincée de rythmes d'ailleurs le tout accompagné par un groupe multiracial composé de noirs (maliens et sénégalais), de blancs (allemands et américains) et d'indiens (chiliens). L'harmonie est parfaite et plus ne s'oppose à ce que "Taama" occupe le sommet des hits. Pour vous souhaiter une bonne fête de ramadan "Taama" sera disponible dans les bacs, le 18 novembre 2004.