15
Novembre 2004
MAMOU
THIERO
La sirène des Somonos
Avec
une pureté vocale sans égale, Mamou Thiero incarne à
elle seule toute la richesse artistique de son terroir. Après
un premier essai prometteur, "Minimba", elle s'apprête
à revenir sur le marche avec une autre merveille : Babolo Sumu
en deux volumes (Djamna Baba et Kokoun Massa). Une agréable surprise
que la sirène des Somonos a voulu offrir à ses fans en
avant goût des fêtes de fin d'année.
L'amour, l'entente, l'espoir, la fraternité… Autant de
valeurs magnifiées par Mamou Thiero, l'enfant de Markala, dans
son nouvel opus : Babolo Sumu. Un double album qui sera dans les bacs
et qui caracole déjà vers le sommet des hits parades.
Ce double volume est produit par Farafina production (Paris) de Saïbou
Minta.
Grâce à l'ingéniosité de Harouna
Barry, Mamou a fait un saut impressionnant en introduisant
un brin de modernité dans sa musique sans pour autant perdre
son âme. "Harouna Barry a beaucoup apporté à
ce produit au niveau de l'arrangement. Ce qui m'a beaucoup comblé
au niveau des rythmes", reconnaît Mamou. Cette évolution
ne s'est pas faite au détriment de ses sources traditionnelles
d'inspirations.
"Au niveau des chansons, j'ai davantage puiser dans le terroir
des Somonos que sur le premier album. Mon souhait est de toujours pouvoir
rappeler aux nouvelles générations les vertus de notre
civilisation", indique l'ambassadrice de la culture somono.
Une belle voix qui a su exhorter à la tâche les grands
maîtres du filet, de l'épervier et de l'hameçon.
"Beaucoup d'artistes s'inspirent du terroir bozo, mais personne
ne peut mieux interpréter les chants de ce milieu que Mamou Thiero.
Parce qu'elle maîtrise l'histoire de la contrée et la signification
socio-culturelle de chaque chanson. C'est cela qui la distingue des
autres", indique son arrangeur. Et elle était prédestinée
à la chanson. "Ma mère, Awa Koné, était
une vedette dans toute la boucle du Niger. Elle était inimitable.
Et un devin lui aurait prédit ma naissance et ma future carrière",
raconte Mamou avec beaucoup de nostalgie. Ce destin elle l'a suivi sans
que sa mère, décédée alors qu'elle avait
à peine deux ans, ait le temps de lui transmettre le secret de
l'art.
Après le décès de sa mère, son frère
aîné la confie à l'un de leurs parents à
Kayes d'où cette influence khasonké dans certaines de
ses chansons. Ce n'est qu'à huit ans que Mamou s'est réellement
révélée par la splendeur de sa voix. A 12 ans,
elle est intégrée dans la troupe de théâtre
de Markala. Au bout de quelques prestations, elle devient une vedette
locale et rafle les trophées des semaines locales et régionales
dans la catégorie « chant solo ». Son titre fétiche
"Falaw" (les orphelins) fait couler des larmes et lui attire
l'admiration des mélomanes. Les orchestres convoitent la jeune
révélation. Le
Super Biton parvient à s'offrir le talent pour une
participation à la biennale et à des tournées dans
la sous région.
Soucieuse de développer son propre style, Mamou crée son
propre groupe musical traditionnel et s'accompagne de Marionnettes pour
honorer ses multiples sollicitations au Mali et à l'extérieur.
En 2003 par exemple, elle s'est brillamment produite en France et aux
Etats-Unis lors du "Folklife festival" dont le Mali était
l'invité vedette. Aujourd'hui, à 43 ans et mère
de trois enfants, la descendante de Sya Yattabary (la légende
de Wagadou Bida, le serpent protecteur du Sosso) est au sommet de son
art. "Cela n'a pas été facile. Parce qu'après
la tragique disparition de ma mère, suite à un mauvais
sort que lui auraient jeté ceux qui étaient jaloux de
son phénoménal succès, mon père a tout fait
pour m'empêcher de chanter. J'ai été conduite chez
tous les marabouts réputés de la région pour précocement
mettre fin à ma carrière. Mais, rien ne peut s'opposer
à la réalisation d'un destin", rapporte Mamou.
Elle ajoute aussitôt, "tout ce qui m'arrive aujourd'hui
comme succès et bonheur, je le dois à Allah et à
ma mère qui a toujours été fidèle et dévouée
à mon père malgré sa notoriété et
sa célébrité".
Elle ne nourrit aucun regret par rapport à cette carrière.
"Dieu merci, je subviens à mes besoins. J'ai en charge
ma famille et j'aide mes frères et sœurs à s'épanouir
socialement et économiquement. Sans compter que la musique m'a
permis de beaucoup voyager et d'avoir beaucoup de relations au Mali
et à travers le monde", reconnaît cette fervente
musulmane versée dans le Coran.
Aujourd'hui, son plus grand rêve est de sillonner le monde pour
promouvoir cette riche culture somono. Après avoir brillamment
transformé son premier essai, elle s'attend aussi à un
succès de son second "bébé". Aux admirateurs,
Mamou dit que "la musique est toute ma vie. Je ne sais faire
autre chose que chanter. C'est pourquoi je prie mes fans et tous les
mélomanes de m'aider à vivre de cet art en n'achetant
que des produits légaux avec des stickers".