20
December 2004
IDRISSA
SOUMAORO LAUREAT PRIX RFI 2004
"La
piraterie est un crime social et culturel"
Lauréat
du Prix RFI Musiques du monde 2004, Idrissa
Soumaoro a reçu son trophée le 16 décembre
2004 à Paris. Un événement largement couvert par
la presse internationale. A la veille de son départ (14 décembre)
l'artiste/pédagogue a rendu une visite de courtoisie à
la rédaction de le Mag !
"J'étais
très ému à la proclamation du jury", nous
a-t-il dit après sa brillante consécration du 2 décembre
2004 au Prix RFI Musiques du monde. Il précise, "j'avais
de l'espoir par rapport à cette suite favorable, surtout que
j'étais avec des jeunes qui ont accepté de mouiller leur
maillot pour me permettre de réaliser une prestation à
hauteur de souhait. Je suis maintenant heureux pour moi-même et
pour mon pays".
Pour l'artiste, l'originalité a été déterminante
dans son sacre. "L'originalité de ma musique et de ma tenue
(mode espagnole) m'a favorisée. Le Guinéen a compéti
avec la musique mandingue qui appartient à tout le monde. Quant
au Sénégalais, il s'est défendu avec du Mbalax
dans un style qui ne lui est pas propre. J'ai plutôt misé
sur une musique traditionnelle adaptée à mon style et
à ma vision de la musique. Ce qui lui a apporté une touche
authentique. Et cela a influencé le jury", pense-t-il.
Et pourtant, malgré une riche carrière artistique, Idrissa
Soumaoro est à son tout premier album, Kotè. Ce coup d'essai
est devenu une touche de génie qui lui a valu cette consécration
internationale. Idrissa n'a qu'un secret : le travail ! "Je dois
le succès de mon album au travail et au talent des artistes qui
m'ont accompagné. Nous avons donné le meilleur de nous-mêmes.
Et l'accueil nous a beaucoup réconforté. En écoutant
seulement la maquette, vous avez été l'un des premiers
à me dire que cette œuvre va me valoir beaucoup de consécrations.
Un avis partagé par beaucoup d'autres personnes".
A huit ans de la retraite de son poste d'inspecteur pédagogique
de musique, ce trophée lui ouvre une nouvelle carrière.
Une phase décisive de sa vie qu'il compte aborder avec "beaucoup
de sérénité et d'espoir. Je suis de nature calme
et je réfléchis beaucoup avant d'agir. Je ne me précipite
pas. C'est peut-être là ma force ! Mon inquiétude
vient du côté de mon travail d'inspecteur pédagogique...".
Mais, il est assuré de ce côté. "De ma nomination
à ma consécration, mes supérieurs hiérarchiques
et mes collègues se sont mobilisés à mes côtés…
Et le ministre de l'Education m'a personnellement assuré de son
soutien parce que pour lui je suis un nouvel ambassadeur du Mali sur
la scène internationale", déclare-t-il, plein de
reconnaissance.
Une nouvelle carrière, donc des attentes légitimes. "Mon
plus grand souhait, c'est d'être toujours à la hauteur
des attentes de ceux qui m'aiment et me font confiance. Je suis de nature
perfectionniste. Et je mise sur cette nouvelle carrière pour
perfectionner davantage ma musique. Je souhaite que mes œuvres
continuent à plaire davantage pour réellement m'imposer
dans le show biz. J'espère aussi que, à huit ans de la
retraite de la fonction publique, cette consécration va me permettre
d'assurer mes vieux jours", avoue-t-il.
Avec le sacre d'Idrissa Soumaoro, le Mali gagne ainsi son 7è
trophée dans cette compétition à la notoriété
planétaire. Mais, à la longue, la piraterie risque de
priver le pays de tels honneurs. "A ce rythme, la piraterie va
compromettre tous nos acquis artistiques. Mon album a été
victime de son succès parce qu'il a été amplement
piraté. Les artistes ne peuvent plus vivre de leur talent. Cela
est une énorme injustice voire une violation flagrante de nos
droits humains, un crime social et culturel".
L'artiste sait de quoi il parle puisque rares sont les artistes dont
les chansons ont été autant piratées que son "Ancien
combattant" (Petit nimproudent prowocateur). "La crainte de
la piraterie explique en partie mon choix de me consacrer uniquement
à la formation musicale des jeunes. J'ai enregistré, en
1969, mes premières chansons dont Ancien combattant. L'année
suivante, j'étais piraté. Cela m'a effrayé. Je
me suis alors dit que je prendrai de gros risques en me lançant
exclusivement dans une carrière artistique", se plaint-il.
Le piratage n'est pas le seul souci d'Idrissa Soumaoro par rapport à
l'avenir de la musique malienne. Pour lui, "les jeunes ne se donnent
plus le temps de travailler. Ils sont pressés de se faire un
nom et tentent de brûler des étapes décisives pour
réaliser leurs ambitions. Il faut qu'ils acceptent de côtoyer
les anciens et de se mettre à leurs écoles en les écoutant.
Mais, dès qu'un jeune parvient à rassembler deux ou trois
chansons, il se met à la recherche d'un producteur".
On comprend alors aisément pourquoi beaucoup de jeunes ne vont
pas loin dans leur carrière. Pressés de devenir des stars
adulées, ils ne prennent pas le temps de se former et de s'armer
pour réussir. Plus pressés que la musique, on danse mal
!
King Moseto